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Relogement du locataire : obligations du propriétaire et droits du locataire

Le relogement du locataire constitue une exception dans le droit locatif français. En règle générale, le propriétaire bailleur n’a pas l’obligation de proposer un nouveau logement au locataire. Certaines situations spécifiques imposent néanmoins au bailleur de reloger le locataire, notamment en cas d’insalubrité, de travaux importants ou de congé donné à un locataire protégé. La loi du 6 juillet 1989, modifiée par la loi ALUR et la loi Élan, encadre strictement ces obligations de relogement.

Mis à jour le 29/04/2026

Temps de lecture estimé à 12 min

Rédigé par des auteurs spécialisés pagesjaunes

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Particulier fait ses cartons
Gérer sa location : perception du loyer, obligations du bailleur et fiscalité

Sommaire.

  1. En bref
  2. Les situations où le propriétaire doit reloger le locataire
  3. Les conditions de l’offre de relogement
  4. Les situations où le propriétaire n’a pas d’obligation de relogement
  5. La procédure en cas d’abandon du logement par le locataire
  6. Le rôle de l’assurance habitation dans le relogement
  7. Les plafonds de ressources pour les locataires protégés
  8. FAQ

En bref

  • Le propriétaire doit reloger le locataire uniquement dans des cas précis prévus par la loi.
  • Les locataires protégés bénéficient d’une obligation de relogement en cas de congé pour vente ou reprise du logement.
  • Un arrêté d’insalubrité impose au bailleur de reloger le locataire à ses frais.
  • L’assurance habitation du locataire prend généralement en charge le relogement en cas de sinistre.

Les situations où le propriétaire doit reloger le locataire

La loi impose au bailleur de reloger le locataire dans trois situations principales. Ces obligations visent à protéger les occupants les plus vulnérables et à garantir la décence du logement.

Bon à savoir

Les autorités publiques disposent d’un pouvoir de police en matière de lutte contre l’habitat indigne et peuvent prendre des décisions contraignant les marchands de sommeil à effectuer des travaux dans un logement insalubre, le cas échéant sous astreinte (article L. 543-1 du Code de la construction et de l’habitation, modifié par la loi Élan n° 2018-1021 du 23 novembre 2018). La Loi Élan prévoit en outre que lorsqu’un bailleur a été obligé par les autorités publiques à mettre en conformité un logement loué avec la réglementation relative à la décence, les allocations logement ne peuvent lui être versées directement, et ce jusqu’à l’accomplissement des travaux (article L. 842-1 du Code de la construction et de l’habitation).

Le relogement du locataire protégé en cas de congé

Depuis le 23 juillet 2023, le propriétaire doit proposer une offre de relogement aux locataires protégés lorsqu’il donne congé pour vendre ou reprendre le logement. Cette protection s’applique aux personnes âgées de plus de 65 ans dont les ressources annuelles restent inférieures aux plafonds fixés pour l’attribution des logements locatifs conventionnés. Un locataire qui héberge une personne à charge de plus de 65 ans bénéficie également de cette protection. Les familles percevant l’allocation journalière de présence parentale entrent dans cette catégorie de locataires protégés depuis la loi du 19 juillet 2023.

La Cour de cassation a précisé le 24 octobre 2024 que les ressources du locataire s’apprécient sur les douze mois précédant le congé. Le bailleur doit joindre l’offre de relogement au congé ou la proposer avant le terme du bail. L’absence d’offre de relogement entraîne la nullité du congé et la reconduction automatique du bail. Le propriétaire peut se dispenser de cette obligation s’il est lui-même âgé de plus de 65 ans ou dispose de faibles ressources. Les bailleurs personnes morales ne peuvent jamais bénéficier de cette dispense.

À noter

Pour prouver qu’un logement n’est pas conforme aux caractéristiques d’un logement décent, démontrer que la surface de la pièce principale du bien est inférieure à 9 m2 n’est pas suffisant. Cette pièce doit aussi avoir un volume inférieur à 20 m3. À défaut, l’indécence du logement ne peut pas être retenue (Cass. 3e civ., 23 janvier 2020, n° 19-11.349).

Le relogement en cas d’insalubrité du logement

Un arrêté d’insalubrité immédiate impose au propriétaire de reloger le locataire et de lui verser une indemnité équivalente à trois mois de loyer. Le bail se résilie automatiquement et le paiement du loyer cesse dès la notification de l’arrêté. Si le bailleur ne propose pas de solution de relogement, le préfet organise le relogement aux frais du propriétaire. Cette obligation s’applique à tous les locataires, sans condition d’âge ni de ressources.

Un arrêté d’insalubrité remédiable oblige également le propriétaire à reloger le locataire pendant la durée des travaux. Le bail et le loyer restent suspendus jusqu’au retour du locataire dans le logement remis en état. Le bailleur supporte l’intégralité des frais de relogement pendant cette période. Ces dispositions garantissent le droit au logement décent prévu par la loi.

Tant qu'on en parle
Préjudice de jouissance

Le relogement des locataires de logements sociaux

Les bailleurs HLM doivent reloger provisoirement les locataires dès que des travaux empêchent l’occupation normale du logement. Cette obligation s’applique également en cas de démolition partielle ou totale de l’immeuble. Le bailleur social propose généralement trois offres de relogement au locataire. Les projets d’urbanisme et les travaux de rénovation très importants déclenchent cette obligation de relogement.

Les conditions de l’offre de relogement

Le logement proposé au locataire doit respecter des critères précis définis par la loi du 6 juillet 1989. Ces conditions garantissent que le relogement n’aggrave pas la situation du locataire.

Bon à savoir

Depuis le 1er janvier 2018, en cas de reprise ou de vente du logement, le propriétaire doit joindre une notice d’information relative aux obligations du bailleur et aux voies de recours et d’indemnisation du locataire selon le modèle fixé par l’arrêté du 13 décembre 2017.

Les caractéristiques du logement de relogement

Le propriétaire doit proposer un logement dont la superficie et le nombre de pièces équivalent au logement quitté. Le loyer du nouveau logement doit rester compatible avec les ressources du locataire. L’accessibilité du logement s’adapte à l’âge et aux éventuelles situations de handicap du locataire. La localisation du logement proposé se situe dans le même arrondissement, la même commune ou une commune limitrophe dans un rayon de cinq kilomètres maximum.

Le bailleur transmet l’offre de relogement par lettre recommandée avec accusé de réception. Cette formalité permet de prouver que le propriétaire a rempli son obligation. Le locataire conserve le droit de refuser la solution de relogement proposée. Après trois refus d’offres conformes aux critères légaux, le propriétaire est considéré comme ayant satisfait à son obligation.

Bon à savoir

Le plafond de ressources est fixé par un arrêté du 29 juillet 1987, actualisé chaque année.

Les conséquences du non-respect de l’obligation

Le Conseil constitutionnel a confirmé le 26 mai 2023 que l’impossibilité de trouver un logement conforme en raison d’un marché saturé ou de loyers élevés ne constitue pas une excuse valable. Le propriétaire qui ne respecte pas son obligation de relogement voit son congé annulé. Le bail se reconduit automatiquement aux mêmes conditions. Cette sanction protège efficacement les locataires protégés contre les départs forcés.

Un locataire qui commet un manquement grave, comme des loyers impayés répétés, perd son statut de locataire protégé. Le bailleur peut alors donner congé sans obligation de relogement. Cette exception équilibre les droits et obligations des parties au contrat de location.

Bon à savoir

À : noter la loi Alur du 24 mars 2014 a abaissé l’âge à partir duquel l’offre de relogement doit être effectuée, passant de 70 ans à 65 ans. Néanmoins, pour les baux signés avant l’entrée en vigueur de cette loi, les dispositions de la loi Alur s’appliquent de manière rétroactive (Cass. 3e civ., 23 novembre 2017, n° 16-20.475). Ainsi, même si le bail a été signé avant le 24 mars 2014, le bailleur est tenu d’effectuer une offre de relogement au locataire de plus de 65 ans, et non de plus de 70 ans.

Les situations où le propriétaire n’a pas d’obligation de relogement

Dans plusieurs cas fréquents, le bailleur n’est pas tenu de proposer un nouveau logement au locataire. La distinction entre ces situations et les cas d’obligation permet d’éviter les litiges.

Le relogement en cas de travaux

Le propriétaire n’a pas l’obligation légale de reloger le locataire pendant des travaux, même importants. Il doit néanmoins informer le locataire suffisamment tôt pour qu’il s’organise. Si les travaux rendent le logement inhabitable pour une longue durée, le bailleur peut donner congé pour travaux avec un préavis de six mois minimum. Le locataire peut demander une réduction de loyer si les travaux durent plus de vingt et un jours. Cette réduction peut aller jusqu’à l’abandon total temporaire du loyer selon l’ampleur de la gêne occasionnée.

Bon à savoir

Ces dispositions ne sont pas applicables à tous les bailleurs. Les organismes HLM, les bailleurs personnes physiques et les sociétés civiles immobilières à caractère familial ne sont pas concernés.

En cas de travaux urgents rendant le logement inhabitable, le locataire peut demander la résiliation du bail selon l’article 1724 du Code civil. Cette faculté protège le locataire sans imposer d’obligation de relogement au propriétaire. Les obligations du propriétaire se limitent alors à l’information et à la négociation d’une compensation financière.

Le relogement en cas de sinistre

Le propriétaire n’est pas obligé de reloger le locataire en cas de sinistre causé par un événement extérieur. L’assurance habitation du locataire prend en charge le relogement selon les garanties souscrites. Cette garantie figure souvent dans les contrats multirisque habitation, mais pas dans la garantie obligatoire des risques locatifs. Le locataire doit déclarer le sinistre dans les délais légaux : cinq jours pour un incendie ou des dégâts des eaux, dix jours après la publication du décret pour une catastrophe naturelle.

Tant qu'on en parle
Vente d’un lot de copropriété

Un sinistre partiel permet au locataire de rester dans le logement pendant les travaux de réparation. L’assurance habitation finance le relogement temporaire si nécessaire. Un sinistre total entraîne la résiliation automatique du bail si le logement est perdu définitivement. Le locataire ne paie plus de loyer dès que le logement devient inhabitable. L’assurance du locataire assure le relogement temporaire jusqu’à ce qu’il trouve un nouveau logement.

Le relogement en cas de vente ou reprise du logement

Le propriétaire peut reprendre son logement pour le vendre ou l’habiter avec un préavis de six mois minimum. En règle générale, il n’a pas d’obligation de relogement et le locataire doit quitter le logement. Seuls les locataires protégés bénéficient d’une offre de relogement dans cette situation. Les droits du locataire varient donc selon son âge, ses ressources et sa situation familiale.

À noter

Les locataires victimes de pratiques abusives et vivant dans un logement indécent peuvent dénoncer le propriétaire via une plateforme d’accompagnement accessible en appelant le 0806 706 806. Une assistance sera proposée aux victimes pouvant aller jusqu’à l’envoi des services de la mairie ou de la police du logement.

La procédure en cas d’abandon du logement par le locataire

Un locataire qui abandonne le logement sans prévenir, notamment en cas d’impayés, oblige le propriétaire à suivre une procédure stricte avant de reprendre possession des lieux. Cette situation, appelée départ à la cloche de bois, nécessite l’intervention d’un commissaire de justice.

La constatation de l’abandon du logement

Le commissaire de justice délivre une mise en demeure au locataire de justifier qu’il occupe toujours le logement. Le locataire dispose d’un mois pour répondre. Sans réponse, le commissaire constate l’état d’abandon en présence de témoins : le maire, un représentant de la police ou deux personnes majeures. Il rédige un procès-verbal d’abandon et dresse un inventaire des biens laissés dans le logement.

À noter

Dans ce cas précis, et même si le locataire demande la résiliation du bail, le propriétaire est tenu de respecter ces obligations.

La saisine du juge des contentieux de la protection

Le propriétaire saisit le juge des contentieux de la protection par une requête. Cette requête précise l’objet de la demande, l’identité du locataire et du bailleur, et joint les justificatifs comme le bail et le procès-verbal d’abandon. Le juge peut constater la résiliation du bail, ordonner la reprise du logement, statuer sur les impayés et décider du sort des biens laissés. Ces biens peuvent être vendus aux enchères ou abandonnés selon leur valeur.

Le commissaire de justice signifie l’ordonnance au locataire dans les deux mois. Cette notification contient les informations sur les modalités de contestation et de retrait des biens. Le locataire peut contester la décision dans le mois suivant la notification. Le commissaire de justice réalise ensuite un procès-verbal de reprise des lieux. Les papiers personnels du locataire sont conservés deux ans. Le produit de la vente des biens est remis au locataire via la Caisse des dépôts.

Bon à savoir

La liste des communes dites en « zone tendue » a été élargie par le décret n° 2023-822 du 25 août 2023.

Le rôle de l’assurance habitation dans le relogement

L’assurance habitation du locataire joue un rôle central dans la prise en charge du relogement en cas de sinistre. La compréhension des garanties permet d’anticiper les situations d’urgence.

La garantie relogement dans les contrats multirisque

Les contrats multirisque habitation incluent souvent une garantie relogement pendant les travaux consécutifs à un sinistre. Cette garantie ne figure pas dans la garantie obligatoire des risques locatifs souscrite par le locataire. Il convient de vérifier attentivement les conditions générales du contrat pour connaître l’étendue de la couverture. L’assureur mandate généralement un expert pour évaluer les dégâts et déterminer si le logement reste habitable.

Tant qu'on en parle
Comment fonctionne l’attribution d’un logement social ?

La prise en charge par l’assurance du propriétaire

L’assurance propriétaire non occupant ne couvre pas le relogement du locataire. En cas de vétusté ou de défaut de construction, l’expert peut décider si l’assurance du propriétaire est engagée. Le bailleur n’a pas d’obligation de relogement si le sinistre résulte d’un événement extérieur indépendant de sa volonté. Les obligations du locataire incluent la souscription d’une assurance habitation couvrant les risques locatifs et, idéalement, le relogement.

Les plafonds de ressources pour les locataires protégés

Les plafonds de ressources déterminent si un locataire de plus de 65 ans bénéficie de la protection contre le non-renouvellement du bail. Ces plafonds varient selon la composition du foyer et la localisation du logement.

Pour l’année 2024, un célibataire à Paris ou en première couronne bénéficie de la protection si ses revenus annuels restent inférieurs ou égaux à 26 044 euros. En régions, ce plafond s’établit à 22 642 euros. Ces montants s’appliquent aux revenus perçus pendant les douze mois précédant le congé. Les ressources de toutes les personnes vivant dans le logement sont prises en compte pour apprécier le respect du plafond.

Le propriétaire peut demander au locataire de justifier ses ressources avant de donner congé. Cette vérification permet au bailleur de déterminer s’il doit proposer une offre de relogement. Un locataire qui refuse de communiquer ses justificatifs de ressources risque de perdre le bénéfice de la protection. La transparence entre le bailleur et le locataire facilite le respect des obligations légales.

FAQ

Le propriétaire doit-il reloger le locataire pendant des travaux de rénovation ?

Le propriétaire n’a pas l’obligation légale de reloger le locataire pendant des travaux, même importants. Le locataire peut demander une réduction de loyer si les travaux durent plus de vingt et un jours ou négocier une compensation pour une durée inférieure. En cas de travaux rendant le logement inhabitable, le locataire peut demander la résiliation du bail selon l’article 1724 du Code civil.

Qui paie le relogement du locataire en cas d’incendie ?

L’assurance habitation du locataire prend en charge le relogement en cas d’incendie si le contrat inclut cette garantie. Le propriétaire n’a pas d’obligation de relogement lorsque le sinistre résulte d’un événement extérieur. Il faut savoir que la garantie obligatoire des risques locatifs ne couvre pas le relogement, d’où l’importance de souscrire une assurance multirisque habitation complète.

Un locataire de 64 ans peut-il bénéficier de l’obligation de relogement ?

Non, le locataire doit avoir au moins 65 ans au moment où le propriétaire donne congé pour bénéficier de la protection. L’âge s’apprécie à la date de notification du congé, pas à la date de départ effectif du logement. Un locataire de 64 ans ne peut pas invoquer l’obligation de relogement, même si ses ressources restent inférieures aux plafonds légaux.

Combien de fois le locataire peut-il refuser une offre de relogement ?

Le locataire peut refuser jusqu’à trois offres de relogement conformes aux critères légaux. Après trois refus d’offres adaptées à ses besoins et ressources, le propriétaire est considéré comme ayant rempli son obligation. Le congé devient alors valable et le locataire doit quitter le logement à la fin du préavis.

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