En bref
- La procédure d’expulsion locative débute par un commandement de payer délivré par le commissaire de justice.
- Le juge de la justice peut accorder des délais de paiement allant jusqu’à trois ans.
- La trêve hivernale suspend les expulsions des locataires du 1er novembre au 31 mars.
- L’indemnité d’occupation du locataire devient due après la résiliation du bail.
- Le refus de concours de l’État engage la responsabilité de l’État et ouvre droit à indemnisation.
Les motifs justifiant une expulsion du locataire
Le non-paiement du loyer représente le principal motif d’expulsion. Le bailleur du logement peut engager une procédure d’expulsion du locataire lorsque les loyers et charges restent impayés. Le contrat de bail prévoit généralement une clause résolutoire insérée dans le bail qui permet la résiliation automatique en cas de manquement.
D’autres motifs légitiment également la procédure d’expulsion du bailleur. Le défaut d’assurance habitation, les troubles de voisinage graves ou le non-respect des obligations contractuelles constituent des causes valables. Pour les logements sociaux, des motifs spécifiques s’ajoutent comme le dépassement des plafonds de ressources ou la sous-occupation du logement occupé.
En l’absence de clause résolutoire insérée dans le bail, la résiliation judiciaire du bail reste possible. Le propriétaire du logement doit alors démontrer une faute grave devant le juge de la justice. Cette procédure requiert l’intervention du tribunal judiciaire compétent.
Les étapes de la procédure d’expulsion
Le commandement de payer : première étape obligatoire
Le commandement des lieux débute par la signification d’un commandement de payer. Ce document officiel, délivré par un huissier de justice, réclame le paiement des dettes locatives. Il accorde un délai de six semaines au locataire du logement pour régulariser sa situation.
Le commandement contient des mentions obligatoires précises. Le montant du loyer, le décompte de la dette et l’avertissement sur la résiliation du bail doivent y figurer. Les informations sur le Fonds de solidarité pour le logement et la possibilité de demander un délai de paiement au juge apparaissent également.
Pendant ces six semaines, le locataire peut reprendre le paiement du loyer et rembourser sa dette. Il peut solliciter un accord amiable avec le bailleur ou contacter une assistante sociale. Si la dette est réglée intégralement, le maintien dans les lieux est garanti.
L’assignation au tribunal et la décision du juge
Après l’expiration du délai sans régularisation, le propriétaire du logement peut saisir le tribunal. Une assignation convoque le locataire devant le juge des contentieux de la protection. L’audience se tient au minimum six semaines après la réception de cette assignation.
La décision du juge peut accorder des délais de remboursement. Ces délais s’étendent jusqu’à deux ans, voire trois ans dans certaines situations. Le juge examine la situation financière et sociale du locataire avant de statuer. Un diagnostic social et financier peut être demandé pour éclairer la décision de justice.
Si le juge ordonne l’expulsion locative, la décision d’expulsion de justice devient exécutoire. Le locataire reçoit la signification de cette décision par le commissaire de justice. Le non-respect du calendrier de remboursement entraîne la transformation en occupant de droit titre sans droit ni titre.
Le commandement de quitter les lieux et l’expulsion effective
Après la décision de justice, un commandement de quitter les lieux est signifié. Ce document accorde un délai de deux mois au locataire pour libérer le logement occupé. Le juge peut réduire ce délai dans certaines circonstances particulières.
L’exécution de la décision d’expulsion intervient à l’issue de ce délai. Le commissaire de justice procède à l’expulsion en présence ou en l’absence du locataire. Si nécessaire, la réquisition de la force publique permet l’intervention des forces de l’ordre. Un état des lieux et un inventaire des meubles sont systématiquement réalisés.
Le concours de l’État devient indispensable pour l’expulsion effective. Le préfet dispose de deux mois pour répondre à la demande de concours. Son silence équivaut à un refus et engage la responsabilité de l’État vis-à-vis du propriétaire.
La trêve hivernale et ses exceptions
La période de la trêve hivernale protège les locataires des logements contre les expulsions. Du 1er novembre au 31 mars, aucune expulsion ne peut être exécutée, sauf si un relogement adapté est proposé. Cette protection s’applique à tous les locataires, quelle que soit leur situation.
Les procédures d’expulsion des locataires peuvent néanmoins être engagées durant cette période. Les décisions des juges restent valables mais leur exécution est différée. Le commandement de quitter les lieux peut être signifié mais l’expulsion effective attend la fin de la trêve.
Certaines situations échappent à la suspension. Les occupants sans titre ni droit peuvent être expulsés si un hébergement décent leur est proposé. Les squatteurs ne bénéficient pas de cette protection au même titre que les locataires réguliers.
L’indemnité d’occupation du locataire après expulsion
Une fois devenu occupant sans droit ni titre, le locataire doit verser une indemnité d’occupation. Le montant de l’indemnité d’occupation se calcule généralement sur la base du loyer antérieur. Cette somme compense l’occupation des lieux sans contrat de bail valide.
Le paiement de l’indemnité d’occupation reste dû jusqu’à la libération effective du logement. Le bailleur peut réclamer ces sommes devant le tribunal. Les juges du fond disposent souverainement pour fixer le montant approprié selon les circonstances.
Le propriétaire du logement peut cumuler cette créance avec les loyers impayés. Les frais de procédure engagés par le bailleur s’ajoutent également. Le recouvrement de ces sommes suit les règles du code des procédures civiles d’exécution.
Les recours et aides pour le locataire en difficulté
Dès réception du commandement de payer, le locataire peut solliciter des aides. Le service gratuit SOS loyers impayés accompagne les personnes confrontées à des difficultés de paiement. La CAF ou la MSA proposent des aides au logement comme l’APL, l’ALS ou l’ALF.
Action Logement accorde des prêts sans intérêts ou des subventions avec accompagnement social. Les assistantes sociales orientent vers les dispositifs adaptés. Le Fonds de solidarité pour le logement intervient dans les situations d’urgence pour éviter l’expulsion du locataire.
Le délai de paiement accordé par le juge permet d’étaler la dette. Cette mesure de grâce suspend temporairement la procédure d’expulsion locative ordonnée par le juge. Le locataire doit respecter scrupuleusement l’échéancier fixé par la décision du juge.
En cas de contestation du montant réclamé, un conciliateur de justice intervient gratuitement. Si le désaccord porte sur une somme inférieure à 5000 euros, la tentative de conciliation devient obligatoire. Le recours au tribunal reste possible en cas d’échec de cette démarche amiable.
La responsabilité de l’État en cas de refus de concours
Le refus du préfet d’accorder le concours de la force publique engage la responsabilité de l’État. Cette responsabilité débute à la date du refus explicite ou après l’expiration du délai de deux mois sans réponse. Le propriétaire subit alors un préjudice indemnisable.
La demande d’indemnisation s’adresse au préfet avec les justificatifs du préjudice. Les pertes de loyers, la dépréciation du bien et les frais de procédure constituent des préjudices reconnus. Les frais engagés auprès du commissaire de justice entrent également dans le calcul.
Le préfet statue sur la responsabilité et propose une transaction. Si le propriétaire accepte, il renonce aux recours contentieux. En cas de refus ou d’absence de réponse sous deux mois, le recours au juge administratif devient possible.
Cette responsabilité cesse dans plusieurs situations. L’accord ultérieur du concours, le départ volontaire des occupants ou la vente du bien y mettent fin. Le décès de l’occupant ou la renonciation du propriétaire à l’expulsion produisent le même effet.
L’indemnité d’éviction dans le bail commercial
Pour le bail commercial, le refus de renouvellement ouvre droit à une indemnité d’éviction. Cette compensation financière couvre le préjudice intégral subi par le locataire commerçant. Elle comprend la valeur du fonds de commerce, les frais de déménagement et les droits de mutation.
Le calcul de cette indemnité repose sur deux composantes principales. L’indemnité de remplacement correspond à la perte du fonds de commerce. L’indemnité de déplacement couvre les frais de transfert vers un nouveau local. Des indemnités accessoires s’ajoutent pour les frais de réinstallation et les licenciements éventuels.
Le bailleur doit verser cette indemnité avant la libération des lieux. Le locataire peut rester dans les locaux tant que le paiement n’est pas effectué. Un délai de rétractation de quatorze jours permet au bailleur de renoncer et de renouveler finalement le bail.
En cas de désaccord sur le montant, le tribunal judiciaire fixe l’indemnité. Une expertise est souvent ordonnée pour évaluer précisément le préjudice. Le tribunal des activités économiques est compétent dans douze villes depuis janvier 2025 pour ces litiges.
Les sanctions en cas d’expulsion illégale
L’expulsion réalisée par le bailleur sans décision de justice constitue un délit pénal. Le code pénal prévoit trois ans d’emprisonnement et 30000 euros d’amende. Seul le commissaire de justice peut procéder à une expulsion avec un titre exécutoire valide.
Les menaces ou violences pour contraindre le locataire à partir sont également punies. La victime doit appeler la police, déposer plainte et rassembler les preuves. Les associations de défense des locataires accompagnent dans ces démarches.
Le respect de la procédure légale protège à la fois le bailleur et le locataire. Les étapes imposées par le code civil garantissent les droits de chacun. La médiation et la conciliation privilégient les solutions amiables avant l’expulsion.
FAQ
Quel délai le locataire a-t-il après réception du commandement de payer ?
Le locataire dispose de six semaines pour régulariser sa situation après la signification du commandement de payer. Durant ce délai, il peut reprendre le paiement du loyer, rembourser tout ou partie de la dette, ou négocier un accord amiable avec le propriétaire. Si la dette est intégralement réglée, le maintien dans les lieux est garanti.
Peut-on être expulsé pendant la trêve hivernale ?
Les expulsions sont interdites du 1er novembre au 31 mars, sauf si un relogement adapté est proposé au locataire. La procédure peut être engagée durant cette période mais son exécution est différée. Cette protection s’applique à tous les locataires réguliers mais pas aux occupants sans titre.
Que se passe-t-il si le préfet refuse le concours de la force publique ?
Le refus du préfet engage la responsabilité de l’État et ouvre droit à indemnisation pour le propriétaire. Les pertes de loyers, la dépréciation du bien et les frais de procédure peuvent être indemnisés. Le propriétaire doit adresser une demande au préfet avec les justificatifs du préjudice subi.
Quelle différence entre indemnité d’occupation et loyer ?
L’indemnité d’occupation est due par l’occupant sans droit ni titre après la résiliation du bail. Son montant se calcule généralement sur la base du loyer antérieur mais elle ne constitue pas un loyer au sens juridique. Elle compense l’occupation sans contrat valide jusqu’à la libération effective du logement.