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Indemnité d’éviction : comment le locataire du bail commercial est-il indemnisé en cas de refus de renouvellement ?

Le statut des baux commerciaux protège le locataire du bail commercial en lui garantissant un droit au renouvellement. Lorsque le bailleur refuse ce renouvellement sans motif légitime, il doit verser une indemnité d’éviction au locataire. Cette compensation financière vise à réparer le préjudice subi par le locataire, notamment la perte de la clientèle et du fonds de commerce. Le montant de l’indemnité d’éviction représente souvent un enjeu financier majeur pour les deux parties.

Mis à jour le 29/04/2026

Temps de lecture estimé à 11 min

Rédigé par des auteurs spécialisés pagesjaunes

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Vitrine d'un magasin fermé
© Getty Images / FooTToo
Louer un local à usage commercial : bail 3-6-9, conditions, clauses, renouvellement et cession

Sommaire.

  1. En bref
  2. Les conditions pour bénéficier de l’indemnité d’éviction du locataire
  3. La composition du montant de l’indemnité d’éviction
  4. La procédure de fixation de l’indemnité d’éviction
  5. La date d’évaluation et le paiement de l’indemnité
  6. Les cas d’exclusion du droit à l’indemnité d’éviction
  7. Le rôle du tribunal dans la fixation de l’indemnité
  8. Les stratégies du locataire face à l’éviction
  9. FAQ

En bref

  • Le locataire du bail commercial bénéficie d’un droit au renouvellement protégé par la loi, sauf motif grave et légitime du bailleur.
  • L’indemnité d’éviction compense la perte du fonds de commerce, les frais de déménagement et de réinstallation ainsi que les droits de mutation.
  • Le calcul de l’indemnité repose sur la valeur marchande du fonds ou sur le coût du déplacement de l’activité commerciale.
  • Le locataire conserve le droit de rester dans le local commercial jusqu’au paiement intégral de l’indemnité d’éviction.
  • La procédure judiciaire pour fixer le montant de l’indemnité d’éviction dure généralement entre deux et trois ans.

Les conditions pour bénéficier de l’indemnité d’éviction du locataire

Le droit à l’indemnité d’éviction du locataire dépend du respect de plusieurs conditions légales. Le locataire doit être immatriculé au Registre du Commerce et des Sociétés ou au Répertoire des Métiers. Il doit également avoir exploité son activité commerciale de manière effective dans le local commercial pendant au moins trois ans avant la date d’effet du bail.

Bon à savoir

Si la propriété du bien donné en location est démembrée, l’usufruitier peut mettre fin au bail et notifier au preneur, sans le concours du nu-propriétaire, un congé avec refus de renouvellement. L’usufruitier a donc seul la qualité de bailleur et doit assumer le versement ou non de l’indemnité d’éviction qui est à sa seule charge (Cass. 3e civ., 19 décembre 2019, n° 18-26.162).

Le locataire et le bailleur doivent avoir respecté les clauses du bail commercial. Toute cessation injustifiée de l’activité ou inexécution grave des obligations contractuelles peut priver le locataire du droit au renouvellement du bail commercial. Les baux dérogatoires et les conventions d’occupation précaire n’ouvrent pas droit à une indemnité d’éviction.

Le bailleur du bail peut refuser le renouvellement sans verser d’indemnité dans certains cas précis. Un motif grave et légitime, comme l’inexécution d’obligations par le locataire, justifie ce refus. La démolition d’un immeuble insalubre imposée par l’autorité administrative ou la construction d’un nouveau bâtiment avec proposition d’un local de remplacement constituent également des exceptions au versement de l’indemnité d’éviction du bailleur.

À noter

Un propriétaire qui a conclu un bail commercial avec une société ne peut contester, à postériori, la nature commerciale du bail en raison de l’absence d’immatriculation du locataire au Registre du commerce et des sociétés, dès lors que le bail commercial stipule que les parties déclarent « leur intention expresse de soumettre la présente convention au statut des baux commerciaux, tel qu’il résulte des articles L. 145-1 du Code de commerce et des textes subséquents, et ce même si toutes les conditions d’application de ce statut ne sont pas remplies ou ne le sont que pour partie, en sorte qu’il y aura éventuellement extension conventionnelle du champ d’application de ce statut  ».

La composition du montant de l’indemnité d’éviction

Le montant de l’indemnité d’éviction se divise en deux catégories principales. L’indemnité principale correspond soit à une indemnité de remplacement, soit à une indemnité de déplacement. Les indemnités accessoires à l’indemnité d’éviction couvrent les frais annexes liés à l’éviction du locataire du bail commercial.

L’indemnité de remplacement du fonds de commerce

L’indemnité de remplacement s’applique lorsque le locataire perd sa clientèle et son fonds de commerce. Le calcul de l’indemnité d’éviction repose sur la valeur marchande du fonds, qui intègre les éléments corporels et incorporels. La perte de la clientèle commerciale constitue le préjudice principal à indemniser.

Tant qu'on en parle
Le bail commercial : définition, durée et obligations

Les experts évaluent le fonds de commerce selon plusieurs méthodes. La méthode de rentabilité calcule l’Excédent Brut d’Exploitation moyen sur les trois dernières années, multiplié par un coefficient entre trois et sept selon le secteur. Pour une pâtisserie, le coefficient varie de 60 à 100 pour cent du chiffre d’affaires, tandis qu’une droguerie se situe entre 30 et 60 pour cent.

Le droit au bail peut parfois dépasser la valeur du fonds de commerce. L’expert immobilier calcule cette valeur en fonction de la différence entre le loyer de marché et le loyer du bail renouvelé. Cette différence est multipliée par un coefficient selon la qualité de l’emplacement, allant de quatre pour un emplacement médiocre à douze pour une situation exceptionnelle.

Bon à savoir

Important : l’indemnité peut être moins importante que celle issue du calcul prévu par l’article L. 145-14 du Code de commerce si le propriétaire fait la preuve que le préjudice est moindre.

L’indemnité de déplacement de l’activité

L’indemnité de déplacement concerne les activités commerciales transférables sans perte totale de la clientèle du locataire. Le calcul intègre la différence entre le loyer renouvelé et le loyer du nouveau local commercial, multipliée par un coefficient selon la qualité de l’emplacement. Le coût éventuel d’un nouveau pas-de-porte s’ajoute à cette évaluation.

La transférabilité du fonds détermine la nature et le montant de l’indemnité versée au locataire. Le bailleur doit prouver que le fonds n’est pas perdu et que l’activité peut se poursuivre ailleurs. Les activités non localisées, comme le commerce en ligne, obtiennent difficilement des indemnités élevées. Lorsque le coût du déplacement dépasse la valeur de remplacement, le montant de l’indemnité fixé par l’expert se limite à cette valeur.

Bon à savoir

L’indemnité d’éviction sera évaluée différemment s’il s’agit d’un remplacement du fonds (disparition ou aucun transfert à proximité possible) ou d’un déplacement du fonds. Le déplacement du fonds correspond à un déménagement n’entraînant pas de perte de clientèle, contrairement au remplacement qui, du fait de la disparition du fonds, fait présumer d’une perte de clientèle.

Les indemnités accessoires liées à l’éviction

Les indemnités accessoires à l’indemnité d’éviction couvrent les frais directs liés au départ du locataire du bail. Le déménagement et la réinstallation du matériel génèrent des coûts remboursables. Les droits de mutation liés à l’acquisition d’un nouveau fonds de commerce entrent dans le calcul de l’indemnité.

Les frais de licenciement du personnel, lorsque l’activité ne peut pas être poursuivie, s’ajoutent au montant global. Les troubles commerciaux causés par la désorganisation temporaire de l’activité font également partie des indemnités accessoires. Les agencements non amortis réalisés dans le local commercial par le locataire peuvent être indemnisés.

Bon à savoir

Important : le bénéfice pris en compte pour le calcul ne correspond pas forcément au bénéfice imposable : il est possible de réintégrer des frais généraux qui ont été déduits pour déterminer le bénéfice imposable.

La procédure de fixation de l’indemnité d’éviction

La fixation de l’indemnité d’éviction peut se faire à l’amiable entre le locataire et le bailleur. Cette solution reste rare en pratique, car les intérêts des parties divergent souvent. Le locataire cherche à maximiser le montant de l’indemnité d’éviction, tandis que le bailleur du bail commercial souhaite limiter son coût.

En cas de désaccord, le tribunal judiciaire fixe le montant après expertise. Le juge désigne un expert qui évalue le préjudice subi par le locataire du bail commercial. La procédure d’expertise dure au minimum six mois. Dans 95 pour cent des cas, le juge retient le montant proposé par l’expert dans son rapport.

Bon à savoir

La fixation du coefficient est de l’appréciation souveraine des juges.

La durée totale de la procédure judiciaire s’étend sur deux à trois ans minimum. Le dépôt du pré-rapport d’expertise ouvre une période de négociation entre les parties. Le locataire peut maintenir son activité dans le local objet du bail commercial jusqu’au paiement intégral de l’indemnité d’éviction. Il verse alors une indemnité d’occupation au bailleur, calculée sur la valeur locative avec un abattement pour précarité.

La date d’évaluation et le paiement de l’indemnité

La date d’effet du bail détermine le moment d’évaluation du préjudice. L’indemnité d’éviction est calculée à la date de départ effectif du locataire s’il a quitté le local commercial. Si le locataire reste dans les locaux commerciaux après expiration, l’évaluation se fait à la date de la décision du juge.

Bon à savoir

Exemple de calcul du montant de l’indemnité d’éviction pour déplacement du fonds : pour un restaurant situé dans une zone géographique très favorable, le juge a pu appliquer un coefficient de 6. Le loyer du nouveau bail est de 35 000 €, le loyer du bail non renouvelé était de 10 000 €. L’indemnité d’éviction correspondant à la différence entre les deux loyers multipliée par le coefficient (compte tenu du coefficient appliqué par le juge) soit le calcul suivant : (35 000 - 10 000) × 6 = 150 000 €.

Le paiement de l’indemnité par le bailleur peut s’effectuer directement au locataire. Le locataire dispose alors d’un délai de trois mois pour libérer le local commercial après versement complet. Le bailleur peut également verser le montant de l’indemnité à un séquestre désigné par le juge. Le séquestre vérifie que les locaux sont vides et que les loyers ainsi que les impôts sont réglés avant de remettre les fonds au locataire.

La prescription de la demande d’indemnité d’éviction intervient deux ans après la date d’effet du renouvellement refusé. Cette règle impose au locataire d’agir rapidement pour préserver ses droits. Le bailleur peut parfois retarder la procédure pour jouer sur ce délai de prescription.

Bon à savoir

Bon à avoir : même en présence d’une clause d’accession sans indemnité (le bailleur devient propriétaire des aménagements réalisés par le locataire, sans indemnité pour ce dernier), le locataire est en droit de demander une indemnité au titre des frais engendrés par l’installation dans un nouveau local comportant des aménagements et équipements similaires à ceux qu’il avait réalisés dans l’ancien local qu’il a été contraint de quitter (Cass. 3e civ., 13 septembre 2018, n° 16-26.049).

Les cas d’exclusion du droit à l’indemnité d’éviction

Certaines situations privent le locataire du droit à l’indemnité d’éviction du locataire. Le motif grave et légitime invoqué par le bailleur annule l’obligation d’indemnisation. L’inexécution d’une obligation essentielle du bail commercial ou la cessation injustifiée de l’exploitation constituent des motifs valables.

La construction ou la reconstruction d’un immeuble avec proposition d’un local de remplacement équivalent dispense le bailleur du bail de verser une indemnité. Le local proposé doit permettre la poursuite de l’activité commerciale dans des conditions similaires. La démolition imposée par l’autorité administrative pour insalubrité exclut également le versement de l’indemnité d’éviction.

Bon à savoir

Conseil : saisissez le juge dès la notification du refus du renouvellement.

Le bailleur peut exercer un droit de repentir après avoir refusé le renouvellement du bail commercial. Cette faculté lui permet de revenir sur sa décision et de proposer finalement le renouvellement. La dénégation du statut des baux commerciaux, lorsque les conditions légales ne sont pas remplies, supprime le droit au renouvellement et donc à l’indemnité.

Le rôle du tribunal dans la fixation de l’indemnité

Le tribunal judiciaire compétent examine les demandes de fixation de l’indemnité d’éviction. Dans douze villes françaises, le tribunal des activités économiques traite les dossiers liés aux baux commerciaux en procédure collective. Ces juridictions spécialisées siègent à Avignon, Auxerre, Le Havre, Le Mans, Limoges, Lyon, Marseille, Nancy, Nanterre, Paris, Saint-Brieuc et Versailles.

Le juge ordonne une expertise judiciaire pour évaluer le montant de l’indemnité fixé par l’expert. L’expert analyse la situation économique du locataire, la valeur du fonds de commerce et les perspectives de transfert de l’activité. Il prend en compte uniquement les activités autorisées par le bail commercial dans son évaluation.

Les parties peuvent contester les conclusions de l’expert avant la décision finale. Le juge apprécie la pertinence des observations formulées par le locataire et le bailleur du bail commercial. La décision finale s’appuie généralement sur le rapport d’expertise, sauf élément nouveau ou erreur manifeste.

Les stratégies du locataire face à l’éviction

Le locataire du bail commercial doit réagir rapidement après réception du congé avec refus de renouvellement. La contestation du refus ou de l’offre d’indemnité doit intervenir dans le délai de deux ans à compter de la date d’effet de l’éviction du locataire. Le dépassement de ce délai entraîne la perte définitive du droit à l’indemnité d’éviction.

Le maintien dans le local commercial jusqu’au paiement intégral de l’indemnité constitue un droit protégé par la loi. Cette stratégie permet au locataire de poursuivre son activité et de conserver sa clientèle pendant la procédure. Le versement d’une indemnité d’occupation au bailleur remplace le loyer pendant cette période.

L’accompagnement par un avocat spécialisé en droit commercial améliore les chances d’obtenir une indemnité adaptée au préjudice réel. Le professionnel analyse le droit au renouvellement du bail commercial, évalue le fonds de commerce et défend les intérêts du locataire pendant l’expertise judiciaire. Il négocie également avec le bailleur pour parvenir à un accord amiable avant la décision du tribunal.

FAQ

Quels éléments composent le calcul de l’indemnité d’éviction pour un restaurant ?

Pour un restaurant, le montant de l’indemnité d’éviction intègre la valeur du fonds de commerce calculée entre 50 et 105 pour cent du chiffre d’affaires moyen des trois dernières années. Les frais de déménagement et la réinstallation du matériel de cuisine s’ajoutent à cette base. Les droits de mutation pour l’acquisition d’un nouveau fonds et les frais de licenciement du personnel complètent l’indemnisation.

Le locataire peut-il refuser de quitter le local commercial avant le paiement de l’indemnité ?

Le locataire conserve le droit de rester dans le local commercial jusqu’au versement intégral de l’indemnité d’éviction par le bailleur. Il verse alors une indemnité d’occupation calculée sur la valeur locative avec un abattement pour précarité. Ce droit protège le locataire contre une éviction sans compensation financière préalable.

Comment le bailleur peut-il éviter de verser une indemnité d’éviction ?

Le bailleur du bail commercial évite le paiement de l’indemnité en invoquant un motif grave et légitime, comme l’inexécution d’obligations par le locataire. La proposition d’un local de remplacement équivalent lors d’une reconstruction dispense également du versement. Le bailleur peut aussi exercer son droit de repentir pour revenir sur le refus de renouvellement du bail commercial.

Quelle différence existe entre l’indemnité de remplacement et l’indemnité de déplacement ?

L’indemnité de remplacement compense la perte totale du fonds de commerce et de la clientèle du locataire lorsque l’activité ne peut pas être transférée. L’indemnité de déplacement s’applique aux activités transférables et couvre le coût du transfert vers un nouveau local commercial. Une seule de ces deux indemnités est versée, jamais les deux simultanément.

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