Propriétaire et colocation

Sommaire

Le propriétaire d'un logement mis en colocation a des droits, mais aussi des obligations vis-à-vis de ses locataires, tout comme les colocataires ont des droits et obligations à son égard : bail, loyer, charges...

Propriétaire de colocation : quels droits ?

Un propriétaire qui souhaite mettre en location un logement dispose de certains droits vis à vis des locataires. Tout propriétaire est en droit de refuser de louer son bien sous forme de colocation.

Une fois le principe de la colocation acceptée, le propriétaire a le droit de :

  • exiger la signature d'une clause de solidarité ;
  • exiger une caution solidaire pour chaque colocataire ;
  • refuser le remplacement d'un colocataire en cas de départ ;
  • exiger la signature d'un nouveau bail en cas de remplacement d'un colocataire.

Bon à savoir : les bailleurs sociaux peuvent donner les logements HLM en colocation. La loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018, dite loi Élan, a élargi les possibilités de colocation en HLM. Auparavant, la colocation en HLM était réservée aux étudiants, aux jeunes de moins de 30 ans ainsi qu'aux personnes en contrat d'apprentissage ou en contrat de professionnalisation. Désormais, toute personne peut demander une colocation en HLM dès lors qu'elle remplit les conditions de ressources applicables.

Devoirs du propriétaire de colocation : un logement décent

Un propriétaire est tenu à de nombreuses obligations vis-à-vis des locataires. Ainsi, selon l'article 6 de la loi du 6 juillet 1989, il doit :

  • Proposer un logement décent, c'est-à-dire un logement qui ne porte ni atteinte à la sécurité physique ni à la santé des colocataires et qui est conforme à un usage d'habitation.

Le logement décent correspond à celui qui ne porte pas atteinte à la sécurité physique ou à la santé des locataires, « exempt de toute infestation d'espèces nuisibles et parasites » (précision apportée à l'article 6 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 par la loi Élan n° 2018-1021 du 23 novembre 2018). La notion de décence est définie par le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 qui précise les caractéristiques que doit respecter un logement pour être loué, comme par exemple le fait d'avoir une surface habitable et des équipements le rendant conforme à un usage d'habitation. Ce décret de 2002 a été complété par le décret n° 2017-312 du 9 mars 2017 qui a développé un critère complémentaire de performance énergétique minimale, celle-ci étant caractérisée par une étanchéité à l'air (s'ajoutant à l'étanchéité à l'eau depuis le 1er janvier 2018) et par l'existence une aération suffisante (comprenant le renouvellement de l'air et l'évacuation de l'humidité depuis le 1er juillet 2018).

Bon à savoir : pour prouver qu’un logement n’est pas conforme aux caractéristiques d’un logement décent, démontrer que la surface de la pièce principale du bien est inférieure à 9 m2 n'est pas suffisant. Cette pièce doit aussi avoir un volume inférieur à 20 m3. À défaut, l’indécence du logement ne peut pas être retenue (Cass. 3e civ., 23 janvier 2020, n° 19-11.349).

  • Entretenir le logement et y effectuer toutes les réparations nécessaires au maintien en état. Exemple : remplacement d'une chaudière défectueuse.
  • Accepter les aménagements effectués par les colocataires tant que ceux-ci ne constituent pas une transformation du logement.

Bon à savoir : la valeur des travaux (aménagements ou constructions) réalisés de manière volontaire par un locataire constitue, pour le bailleur, un complément de loyer imposable dans la catégorie des revenus fonciers lorsqu'ils sont laissés de manière gratuite au bailleur en fin de bail (CAA Lyon, 18 février 2020).

  • Ne pas agir de façon à gêner les colocataires.
  • Remettre aux colocataires qui le souhaitent une quittance de loyer avec :
    • le montant du loyer ;
    • le montant des charges.

À noter : depuis le 25 octobre 2020, lorsque l'immeuble est équipé d'une installation centrale de chauffage, de froid ou d'eau chaude sanitaire et qu'il est muni des dispositifs d'individualisation des frais télé-relevables, le bailleur doit transmettre au locataire (semestriellement ou trimestriellement sur demande du locataire, puis mensuellement à compter du 1er janvier 2022) une évaluation de la consommation de chaleur, de froid et d'eau chaude sanitaire de son local privatif (décret n° 2020-886 du 20 juillet 2020).

Bon à savoir : l'ordonnance n° 2020-1144 du 16 septembre 2020 a créé aux articles L. 511-1 et suivants du Code de la construction et de l'habitation une nouvelle police administrative spéciale de la sécurité et de la salubrité des immeubles, en remplacement des anciennes et multiples polices. Les autorités publiques disposent d’un pouvoir de police en matière de lutte contre l’habitat indigne et peuvent notamment prendre des décisions contraignant les marchands de sommeil à effectuer des travaux dans un logement insalubre, le cas échéant sous astreinte (article L. 543-1 du Code de la construction et de l’habitation, modifié par la loi Élan n° 2018-1021 du 23 novembre 2018). La Loi Élan prévoit en outre que lorsqu’un bailleur a été obligé par les autorités publiques à mettre en conformité un logement loué avec la réglementation relative à la décence, les allocations logement ne peuvent lui être versées directement, et ce jusqu'à l'accomplissement des travaux (article L. 842-1 du Code de la construction et de l’habitation).

De même, un propriétaire ne peut pas résilier un bail colocation comme il veut. Il doit respecter :

  • les motifs de résiliation valables ;
  • un préavis ;
  • les modalités de résiliation auprès des colocataires.

Bon à savoir : depuis le 1er janvier 2018, en cas de reprise du logement pour y habiter ou y installer un proche, ou en cas de vente du logement, le propriétaire doit joindre une notice d'information relative aux obligations du bailleur et aux voies de recours et d'indemnisation du locataire selon le modèle fixé par l'arrêté du 13 décembre 2017.

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