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Revenir à la catégorie précédente : Expulser son locataire : la procédure judiciaire étape par étape
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Expulsion d’un locataire : procédure, délais et droits des parties

La procédure d’expulsion du locataire constitue un processus encadré par la loi, qui protège les droits du bailleur tout en garantissant au locataire des délais et des recours. L’expulsion ne peut intervenir qu’après une décision de justice et le respect de plusieurs étapes obligatoires. Le bailleur ne peut en aucun cas expulser lui-même le locataire sous peine de sanctions pénales pouvant atteindre trois ans de prison et 30 000 euros d’amende.

Mis à jour le 29/04/2026

Temps de lecture estimé à 14 min

Rédigé par des auteurs spécialisés pagesjaunes

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Homme mis à la porte
© Getty Images / Manuel Faba Ortega
Expulser son locataire : la procédure judiciaire étape par étape

Sommaire.

  1. En bref
  2. Les motifs justifiant une procédure d’expulsion
  3. Le commandement de payer : première étape de la procédure
  4. L’assignation devant le tribunal des contentieux de la protection
  5. L’audience et la décision du juge
  6. Le commandement de quitter les lieux et l’expulsion effective
  7. La trêve hivernale et les cas particuliers
  8. Les dispositifs de prévention des expulsions
  9. Les frais liés à la procédure d’expulsion
  10. Les obligations du bailleur durant la procédure
  11. Les spécificités de l’expulsion dans le logement social
  12. Le délit de maintien sans droit ni titre
  13. FAQ

En bref

  • Le commandement de payer constitue la première étape de la procédure d’expulsion et accorde un délai de six semaines au locataire pour régulariser sa situation.
  • L’assignation devant le tribunal des contentieux de la protection intervient après l’échec du commandement de payer et donne lieu à une audience au moins six semaines plus tard.
  • Le juge peut accorder des délais de paiement allant jusqu’à trois ans si le locataire reprend le versement intégral du loyer courant.
  • La trêve hivernale, du 1er novembre au 31 mars, interdit les expulsions sauf exceptions prévues par la loi.

Les motifs justifiant une procédure d’expulsion

Le bail d’habitation prévoit plusieurs motifs permettant au bailleur d’engager une procédure d’expulsion du locataire. Le non-paiement du loyer représente la cause la plus fréquente. Lorsque le locataire accumule des impayés, la clause résolutoire du bail peut être activée par le bailleur.

Le défaut d’assurance habitation constitue également un motif valable. Le locataire doit souscrire une assurance pour le logement et fournir chaque année une attestation au bailleur. L’absence de cette garantie peut justifier la résiliation du bail et l’expulsion du locataire.

Les troubles de voisinage, les dégradations du logement, la sous-location non autorisée ou les travaux réalisés sans accord préalable figurent parmi les autres motifs d’expulsion. Le maintien dans les lieux après un congé régulièrement délivré permet aussi au bailleur d’engager une procédure devant la justice.

Le commandement de payer : première étape de la procédure

Le commissaire de justice délivre le commandement de payer au locataire en impayé. Ce document officiel doit mentionner le montant de la dette, le montant du loyer mensuel et des charges, ainsi que les coordonnées du Fonds de solidarité pour le logement.

Le commandement des lieux accorde un délai de six semaines au locataire pour régulariser sa situation depuis la loi du 29 juillet 2023. Les baux signés avant cette date conservent un délai de deux mois. Durant cette période, le locataire peut payer l’intégralité de la dette, négocier un échéancier avec le bailleur ou solliciter des aides sociales.

Le commissaire de justice informe la Commission de coordination de prévention des expulsions lorsque la dette atteint au moins deux loyers. Cette commission met en place des dispositifs d’accompagnement pour éviter l’expulsion du locataire. Les services sociaux proposent des solutions adaptées à chaque situation.

Bon à savoir

Avant toute démarche, si le locataire perçoit des aides au logement, le propriétaire devra prévenir la CAF ou la MSA.

Les recours possibles après réception du commandement

Le locataire qui reconnaît sa dette doit rapidement reprendre le paiement du loyer et contacter son assistante sociale. Des aides financières existent auprès de la Caisse d’allocations familiales, de la Mutualité sociale agricole ou d’Action Logement. Le Fonds de solidarité pour le logement peut également intervenir pour apurer tout ou partie de la dette.

Si le locataire conteste la dette, il doit saisir un conciliateur de justice avant toute action devant le tribunal. Cette démarche devient obligatoire pour les litiges inférieurs à 5 000 euros. La conciliation permet de trouver un accord amiable et d’éviter la procédure d’expulsion du locataire.

L’assignation devant le tribunal des contentieux de la protection

À l’issue du délai accordé par le commandement des lieux, le bailleur peut assigner le locataire devant le tribunal si aucun règlement n’est intervenu. Le commissaire de justice délivre l’assignation à comparaitre devant le juge au moins six semaines avant l’audience. Ce délai permet au locataire de préparer sa défense et de constituer un diagnostic social et financier.

L’assignation pour comparaitre devant le juge indique la date de l’audience et rappelle les droits du locataire. La présence à l’audience reste indispensable, même si le locataire peut se faire représenter par un avocat. L’aide juridictionnelle permet aux personnes aux ressources modestes de bénéficier d’une assistance gratuite.

Durant le délai entre l’assignation et l’audience, le locataire doit impérativement reprendre le versement intégral du loyer courant. Cette condition s’avère nécessaire pour obtenir des délais de paiement de la part du juge. Le diagnostic social et financier, établi par les services sociaux, aide le juge à apprécier la situation du locataire.

L’audience et la décision du juge

Lors de l’audience, le juge examine la situation du locataire et du bailleur. Le locataire peut demander la suspension de la clause résolutoire du bail pour obtenir le maintien dans les lieux. Cette demande nécessite de prouver le paiement intégral du loyer courant et la capacité à rembourser la dette.

Le juge peut accorder des délais de paiement allant jusqu’à trois ans maximum. Ces délais permettent au locataire d’étaler le remboursement de sa dette tout en conservant son logement. Le non-respect de l’échéancier fixé entraîne automatiquement la résiliation du bail et l’expulsion du locataire.

Bon à savoir

Un propriétaire est en droit d’exiger le paiement des loyers et d’adresser un commandement de payer au locataire qui a, de sa propre initiative et sans en avoir demandé l’autorisation au juge, suspendu le paiement de ses loyers au motif que le bailleur ne remplit pas ses propres obligations (Cass. 3e civ., 5 octobre 2017, n° 16-19.614).

Si le juge prononce la résiliation du bail, le locataire perd son droit au titre d’occupant légitime. Le commissaire de justice peut alors délivrer un commandement de quitter les lieux avec un délai de deux mois. Le juge peut réduire ce délai dans certaines circonstances, mais jamais le supprimer totalement.

Les délais de grâce accordés par le juge de l’exécution

Après la décision de justice prononçant l’expulsion, le locataire peut saisir le juge de l’exécution pour obtenir un délai supplémentaire. Ce délai varie entre un mois et un an selon la situation du locataire et ses efforts pour trouver un relogement. La demande doit être motivée et accompagnée de justificatifs.

Le juge de l’exécution examine notamment les ressources du locataire, sa composition familiale et ses démarches de recherche de logement. La bonne foi du locataire et sa volonté de régulariser sa situation influencent la décision de justice. Le versement partiel de la dette peut favoriser l’obtention d’un délai.

Le commandement de quitter les lieux et l’expulsion effective

Le commandement des lieux délivré après le jugement fixe la date à laquelle le locataire doit libérer le logement. Ce document rappelle l’obligation de quitter les lieux dans le délai imparti et les conséquences d’un refus. Le locataire doit organiser son déménagement et restituer les clés au bailleur.

Si le locataire refuse de partir à l’expiration du délai, le commissaire de justice tente une expulsion amiable. En cas d’échec, le bailleur doit demander le concours de la force publique au préfet. Cette demande s’accompagne d’un procès-verbal constatant le refus du locataire de quitter le logement.

Le préfet dispose de deux mois pour répondre à la demande du bailleur. Le refus du concours de la force publique ouvre droit à une indemnisation pour le bailleur. L’État compense le préjudice subi en raison de l’impossibilité d’expulser le locataire. La procédure d’expulsion nécessite le respect de nombreuses formalités pour garantir les droits de chaque partie.

Le déroulement de l’expulsion par la force publique

L’expulsion avec le concours de la force publique se déroule en présence du commissaire de justice et des forces de l’ordre. Le locataire et les personnes présentes dans le logement doivent quitter les lieux immédiatement. Les meubles et effets personnels font l’objet d’un inventaire détaillé par le commissaire de justice.

Bon à savoir

Le 1er janvier 2020, les tribunaux d’instance et de grande instance ont fusionné pour devenir le tribunal judiciaire (loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice). Les tribunaux d’instance qui étaient situés dans des communes différentes des tribunaux de grande instance sont devenus des chambres détachées du tribunal judiciaire, appelées « tribunaux de proximité ».

Les biens du locataire expulsé sont entreposés dans un garde-meubles aux frais du locataire. Le commissaire de justice adresse une sommation au locataire pour qu’il retire ses biens dans un délai de deux mois. Passé ce délai, les meubles peuvent être vendus aux enchères ou abandonnés selon leur valeur.

Les papiers personnels et documents administratifs sont conservés sous scellés pendant deux ans. Le locataire peut les récupérer à tout moment auprès du commissaire de justice. Cette mesure protège les documents essentiels comme les pièces d’identité ou les diplômes.

La trêve hivernale et les cas particuliers

La trêve hivernale interdit toute expulsion du 1er novembre au 31 mars, quelle que soit la situation du locataire. Cette période de protection s’applique même si le jugement d’expulsion est définitif et le commandement de quitter les lieux délivré. Le bailleur doit attendre la fin de la trêve pour procéder à l’expulsion du locataire.

Certaines exceptions permettent néanmoins une expulsion pendant la trêve hivernale. Les squatteurs et les occupants sans droit ni titre peuvent être expulsés toute l’année. Le relogement assuré du locataire dans un logement correspondant à ses besoins et à ses capacités financières autorise également l’expulsion durant cette période.

Les personnes de plus de 65 ans et les locataires aux ressources modestes bénéficient d’une protection renforcée. Le relogement doit être proposé avant toute expulsion de ces publics fragiles. Le bailleur doit prouver avoir effectué des démarches sérieuses pour reloger le locataire.

Les dispositifs de prévention des expulsions

La prévention des expulsions mobilise de nombreux acteurs sociaux et institutionnels. La Commission de coordination de prévention des expulsions intervient dès le commandement de payer pour proposer des solutions adaptées. Cette commission réunit les services de l’État, les collectivités locales et les organismes sociaux.

Le diagnostic social et financier permet d’évaluer précisément la situation du locataire et d’identifier les aides mobilisables. Les travailleurs sociaux accompagnent le locataire dans ses démarches et négocient avec le bailleur. L’objectif reste le maintien dans les lieux chaque fois que la situation financière le permet.

À noter

La loi Élan prévoit une meilleure coordination entre le traitement des situations de surendettement et la procédure en résiliation du bail et en expulsion. Jusqu’alors, ces procédures étaient indépendantes, ce qui pouvait amener à une expulsion alors même qu’une procédure de traitement du surendettement était en cours. Désormais, l’article 24 modifié de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989permet la prise en compte par le juge d’une procédure de surendettement en cours : le juge peut accorder des délais et des modalités de paiement du loyer, et suspendre les effets de la clause de résiliation de plein droit.

Le service SOS loyers impayés propose un accompagnement gratuit par téléphone au 0 805 160 075. Ce numéro vert oriente le locataire vers les dispositifs d’aide et les interlocuteurs compétents. La réactivité du locataire dès les premiers impayés augmente les chances de trouver une solution et d’éviter l’expulsion.

Les aides financières pour éviter l’expulsion

Le Fonds de solidarité pour le logement accorde des aides financières pour apurer les dettes locatives. Ces aides peuvent prendre la forme de subventions ou de prêts sans intérêt. Les conditions d’attribution varient selon les départements, mais privilégient les situations de bonne foi et les difficultés temporaires.

Action Logement propose également des aides pour les salariés du secteur privé. Le prêt préventif permet de faire face à un impayé ponctuel et d’éviter l’accumulation de la dette. L’accompagnement social gratuit aide le locataire à gérer son budget et à retrouver un équilibre financier.

Les caisses de retraite complémentaire peuvent intervenir pour leurs pensionnés en difficulté. Les aides sociales constituent un recours essentiel pour maintenir le locataire dans son logement et éviter la procédure d’expulsion.

Les frais liés à la procédure d’expulsion

La procédure d’expulsion génère des frais importants pour le bailleur et le locataire. Le commandement de quitter les lieux coûte 32,24 euros. Le procès-verbal d’expulsion s’élève à 184,40 euros auxquels s’ajoutent 90,18 euros par tranche de 30 minutes au-delà des 15 premières minutes.

Les frais de déplacement du commissaire de justice atteignent 11,28 euros par intervention. Les frais d’entreposage et de garde-meubles restent à la charge du locataire expulsé. La vente aux enchères des meubles génère également des frais qui s’imputent sur le produit de la vente.

Les frais d’avocat et de procédure devant le tribunal s’ajoutent à ces coûts. Le juge peut condamner le locataire au paiement des frais de justice et des dommages et intérêts au profit du bailleur. L’aide juridictionnelle permet aux locataires aux revenus modestes de limiter ces frais.

Bon à savoir

Un modèle type de document informatif est établi par le ministre chargé du logement. Les chambres départementales des huissiers de justice mettent ce document type à disposition des huissiers qui en font la demande.

Les obligations du bailleur durant la procédure

Le bailleur doit respecter scrupuleusement les étapes de la procédure d’expulsion du locataire. Toute tentative d’expulsion sans décision de justice expose le bailleur à des sanctions pénales. Le changement de serrure, la coupure des fluides ou les pressions sur le locataire constituent des infractions punies par la loi.

Le bailleur doit laisser au locataire le temps nécessaire pour exercer ses recours et organiser son départ. Le respect des délais légaux s’impose même lorsque le locataire ne paie plus son loyer. La clause résolutoire du bail d’habitation ne produit ses effets qu’après accomplissement de toutes les formalités.

Le bailleur doit informer le locataire de ses droits à chaque étape de la procédure. Le commandement de payer et l’assignation mentionnent les possibilités de recours et les coordonnées des organismes d’aide. Le bailleur qui respecte la procédure protège ses intérêts tout en préservant les droits du locataire.

Les spécificités de l’expulsion dans le logement social

Les locataires du parc social bénéficient de protocoles spécifiques de prévention des expulsions. Les organismes HLM mettent en place un accompagnement social renforcé dès les premiers impayés. La procédure d’expulsion du locataire d’un logement social suit les mêmes étapes que dans le parc privé, mais avec des dispositifs d’aide plus développés.

Les bailleurs sociaux privilégient le maintien dans les lieux et proposent systématiquement des plans d’apurement adaptés aux ressources du locataire. La commission d’attribution des logements peut examiner une demande de mutation vers un logement moins coûteux. Cette solution permet au locataire de conserver un toit tout en réduisant ses charges.

Le préfet accorde une attention particulière aux expulsions dans le logement social. La demande de concours de la force publique fait l’objet d’un examen approfondi de la situation du locataire et des solutions de relogement proposées. L’expulsion d’un logement social intervient en dernier recours après épuisement de toutes les alternatives.

Le délit de maintien sans droit ni titre

La loi du 29 juillet 2023 a créé un délit de maintien sans droit ni titre dans le logement. Le locataire qui refuse de quitter les lieux après expiration du délai fixé par le commandement de quitter les lieux s’expose à une amende de 7 500 euros. Cette sanction vise à accélérer la libération du logement.

Bon à savoir

L’audience devant le juge de l’exécution pour statuer sur le sort des meubles du locataire expulsé (lorsqu’ils n’ont pas été enlevés après la procédure d’expulsion) a été supprimée. Le décret n° 2019-992 du 26 septembre 2019 a allongé à deux mois le délai laissé au locataire pour retirer ses meubles.

Le délit ne s’applique qu’après l’expiration de tous les délais légaux et des délais de grâce accordés par le juge. Le locataire doit avoir été informé de cette sanction dans le commandement des lieux. La bonne foi du locataire et ses efforts pour trouver un relogement peuvent atténuer la sanction.

Cette mesure complète les dispositifs existants sans remettre en cause les protections accordées au locataire. La trêve hivernale et les délais de grâce continuent de s’appliquer normalement. Le délit sanctionne uniquement les refus abusifs de quitter le logement après épuisement de tous les recours.

FAQ

Combien de temps dure une procédure d’expulsion complète ?

La procédure d’expulsion du locataire dure au minimum six mois entre le commandement de payer et l’expulsion effective. Ce délai peut s’allonger considérablement selon les recours exercés, les délais accordés par le juge et la trêve hivernale. Une procédure peut s’étendre sur plusieurs années si le locataire obtient des délais de paiement.

Le bailleur peut-il couper l’eau ou l’électricité pour forcer le départ du locataire ?

Le bailleur ne peut en aucun cas couper les fluides ou changer les serrures pour contraindre le locataire à partir. Ces pratiques constituent des infractions pénales punies de trois ans de prison et 30 000 euros d’amende. Seule une décision de justice et l’intervention du commissaire de justice autorisent l’expulsion du locataire.

Que devient le locataire expulsé sans solution de relogement ?

Le locataire expulsé sans solution de relogement peut saisir le dispositif DALO pour faire valoir son droit au logement opposable. Les services sociaux accompagnent les personnes expulsées vers des solutions d’hébergement d’urgence. La commission de médiation examine en priorité les situations d’expulsion effective pour proposer un relogement adapté.

Les délais de paiement accordés par le juge suspendent-ils le loyer courant ?

Les délais de paiement concernent uniquement la dette antérieure et n’exemptent pas le locataire du versement intégral du loyer courant. Le non-paiement du loyer en cours pendant la période de remboursement entraîne la résiliation automatique du bail et l’expulsion du locataire. Le respect de l’échéancier et le paiement du loyer courant conditionnent le maintien dans les lieux.

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