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Expulsion locative : procédure, délais et droits du locataire

La procédure d’expulsion d’un locataire constitue une démarche judiciaire strictement encadrée par la loi. Le bailleur ne peut en aucun cas expulser un occupant sans décision de justice et sans l’intervention d’un commissaire de justice. Depuis 2023, la loi impose une clause résolutoire obligatoire dans tous les baux, facilitant la résiliation automatique en cas de manquements graves. Cette évolution législative vise à accélérer les démarches tout en garantissant les droits fondamentaux des locataires.

Mis à jour le 29/04/2026

Temps de lecture estimé à 13 min

Rédigé par des auteurs spécialisés pagesjaunes

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Femme expulsée de son logement
© Getty Images / FlairImages
Expulser son locataire : la procédure judiciaire étape par étape

Sommaire.

  1. En bref
  2. Les motifs légaux justifiant une expulsion locative
  3. La clause résolutoire du bail et ses conséquences
  4. Les étapes de la procédure d’expulsion du locataire
  5. Les délais de la procédure et le droit au maintien des lieux
  6. La trêve hivernale et ses exceptions
  7. L’expulsion sans proposition de relogement
  8. Les recours et aides pour les locataires menacés d’expulsion
  9. Les obligations du bailleur durant la procédure
  10. La suspension de la procédure d’expulsion en logement social
  11. Les spécificités de la procédure accélérée contre les squatteurs
  12. FAQ

En bref

  • La procédure d’expulsion locative nécessite une décision de justice et l’intervention d’un commissaire de justice.
  • Le commandement de payer constitue la première étape formelle avant toute résiliation judiciaire du bail.
  • La trêve hivernale suspend les expulsions du 1er novembre au 31 mars, sauf exceptions légales.
  • Les locataires expulsés peuvent solliciter un relogement social et bénéficier d’aides financières.

Les motifs légaux justifiant une expulsion locative

Le non-paiement des loyers représente le principal motif d’expulsion dans le parc locatif privé et social. Le bailleur peut également engager une procédure de résiliation du bail en cas de défaut d’assurance habitation, de troubles de voisinage graves ou de sous-location non autorisée. Dans le logement social, des motifs spécifiques s’ajoutent comme le dépassement des plafonds de ressources PLS pendant deux années consécutives en zones tendues A bis, A et B1.

L’absence de réponse à l’enquête ressources pendant deux années consécutives constitue également un motif de résiliation dans les logements sociaux situés en zones A, A bis et B1. Il faut savoir que cette disposition ne s’applique pas aux locataires de plus de 65 ans, aux personnes handicapées, ni aux occupants de logements situés en quartier prioritaire de la politique de la ville. La sous-occupation du logement peut aussi justifier une expulsion après refus de trois propositions de relogement adapté.

Les troubles de voisinage liés au trafic de drogues font l’objet d’une procédure spécifique. Le préfet ou le bailleur peut saisir directement le juge du contentieux de la protection pour obtenir la résiliation du bail et l’expulsion du locataire. Cette mesure s’applique lorsque les troubles portent gravement atteinte à l’ordre public et génèrent des nuisances importantes aux abords du logement.

La clause résolutoire du bail et ses conséquences

Depuis le 27 juillet 2023, la clause résolutoire est devenue obligatoire dans tous les contrats de bail. Cette disposition permet la résiliation automatique du bail en cas de manquements graves du locataire, sans que le bailleur ait besoin de démontrer un préjudice. La clause résolutoire s’active par la délivrance d’un commandement de payer ou d’un commandement de respecter les obligations contractuelles.

Le commandement de payer les loyers impayés donne au locataire un délai de deux mois pour régulariser sa situation. Pour les autres manquements comme le défaut d’assurance, le délai de régularisation est réduit à un mois. Si le locataire ne respecte pas ces délais, la résiliation du bail devient effective de plein droit et le bailleur peut engager la procédure d’expulsion devant le juge du contentieux de la protection.

Bon à savoir

Exemples : troubles graves de voisinage, sous-location non autorisée, etc.

Il convient de distinguer la résiliation judiciaire du bail de la simple activation de la clause résolutoire. Dans le premier cas, le juge conserve un pouvoir d’appréciation et peut tenir compte de la situation du locataire. Dans le second, la résiliation intervient automatiquement dès l’expiration du délai mentionné dans le commandement, sauf paiement intégral de la dette.

Les étapes de la procédure d’expulsion du locataire

La procédure d’expulsion débute par la délivrance d’un commandement de payer par le commissaire de justice. Ce document constitue le premier acte formel et informe le locataire de la dette locative ainsi que du délai pour régulariser. Si aucun paiement n’intervient dans le délai de six semaines, le bailleur peut saisir le tribunal judiciaire pour obtenir une décision de justice.

Lorsque la dette locative reste inférieure à 5 000 euros, une procédure de conciliation ou de médiation devient obligatoire avant la saisine du juge. Cette démarche vise à favoriser un règlement amiable et à éviter une expulsion du logement. En revanche, si la dette dépasse ce montant, le bailleur peut directement assigner le locataire devant le juge du contentieux de la protection.

À noter

En cas de dépassement du plafond de ressources, le locataire doit quitter le logement dans un délai de 18 mois. Le délai court à compter du 1er janvier de l’année qui suit l’enquête faisant apparaître un dépassement de ressources pour la 2e année consécutive. Ce délai était de 3 ans avant le 1er janvier 2018.

Après le jugement d’expulsion, le commissaire de justice délivre un commandement de quitter les lieux. Ce document accorde au locataire un délai minimum de deux mois pour libérer le logement. Le juge peut toutefois réduire ce délai en cas de refus de relogement adapté ou le supprimer dans certaines situations particulières. Si le locataire ne quitte pas les lieux spontanément, le bailleur doit solliciter l’intervention de la force publique auprès de la préfecture.

L’expulsion effective nécessite la présence du commissaire de justice et des forces de l’ordre. Un procès-verbal d’expulsion est alors établi, consignant l’état du logement et les biens éventuellement laissés sur place. Cette dernière étape marque la fin de la procédure d’expulsion locative et permet au bailleur de récupérer la jouissance de son bien.

Les délais de la procédure et le droit au maintien des lieux

Les délais dans les procédures d’expulsion varient selon la nature du manquement et le montant de la dette. Entre le commandement de payer et l’assignation devant le tribunal, un délai minimum de deux mois doit être respecté. Cette période permet au locataire de mobiliser des aides financières comme le Fonds de Solidarité Logement ou les allocations de la CAF.

Bon à savoir

Contrairement aux baux de droit commun soumis à la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, le bailleur ne peut pas donner congé du bien pour vente ou reprise.

Le droit au maintien des lieux caractérise particulièrement les baux de logement social, qui sont conclus pour une durée illimitée. Ce droit protège le locataire contre une expulsion arbitraire et garantit la stabilité de son occupation. Toutefois, ce droit au maintien des lieux disparaît en cas de non-respect des obligations contractuelles ou des conditions d’attribution du logement social.

Lorsque le locataire reprend le paiement des loyers et démontre sa capacité à honorer ses engagements, le juge peut accorder des délais de paiement. Ces délais permettent d’échelonner la dette locative et d’éviter l’expulsion du locataire. Il est conseillé de contacter rapidement le bailleur dès les premières difficultés financières pour négocier un plan d’apurement.

La trêve hivernale et ses exceptions

La trêve hivernale suspend les expulsions locatives du 1er novembre au 31 mars de chaque année. Cette période de protection vise à éviter que des personnes se retrouvent sans abri durant les mois les plus froids. Pendant la trêve hivernale, les procédures d’expulsion peuvent être engagées et les jugements prononcés, mais leur exécution est différée jusqu’au 1er avril.

Bon à savoir

Depuis la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018, dite loi Élan, la situation des locataires de logements sociaux en zone tendue est réexaminée tous les trois ans par les organismes HLM. Selon certains critères définis par la loi, les dossiers des locataires sont transmis à la commission d’attribution des logements qui formule, le cas échéant, des propositions de relogement aux locataires dont la situation a été modifiée. La liste des communes dites en « zone tendue » a été élargie par le décret n° 2023-822 du 25 août 2023.

Plusieurs exceptions à la trêve hivernale permettent néanmoins de procéder à des expulsions. Les squatteurs occupant un logement sans droit ni titre peuvent être expulsés à tout moment, y compris pendant la période hivernale. Les victimes de violences conjugales bénéficient également d’une procédure accélérée pour obtenir l’expulsion de l’auteur des violences, sans attendre la fin de la trêve.

Les logements déclarés insalubres ou en péril font aussi l’objet d’une exception. Dans ces situations, l’expulsion vise à protéger la santé et la sécurité des occupants. De même, l’occupation de locaux non destinés à l’habitation autorise le juge à réduire les délais et à ordonner une expulsion immédiate, même durant la trêve hivernale.

L’expulsion sans proposition de relogement

L’expulsion du locataire peut intervenir sans proposition de relogement dans plusieurs cas définis par la loi. Les occupants sans droit ni titre, communément appelés squatteurs, ne bénéficient d’aucune obligation de relogement de la part du bailleur. La loi du 27 juillet 2023 a durci les sanctions contre le squat, prévoyant jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.

Tant qu'on en parle
Comment fonctionne l’attribution d’un logement social ?

Le locataire qui refuse trois propositions de relogement adapté perd également son droit à un relogement. Cette situation se rencontre fréquemment dans le cadre de la sous-occupation des logements sociaux, lorsque le nombre de pièces dépasse de plus d’une unité le nombre d’occupants. Le bailleur doit alors proposer des logements correspondant mieux à la composition du foyer.

Les expulsions ordonnées dans le cadre de procédures familiales, notamment en cas de divorce ou de séparation, ne donnent pas lieu à relogement systématique. L’auteur de violences conjugales peut être expulsé du domicile conjugal sans que le bailleur ait à lui proposer un autre logement. Cette mesure vise à protéger la victime et à lui permettre de conserver son logement.

Les recours et aides pour les locataires menacés d’expulsion

Le locataire confronté à une procédure d’expulsion dispose de plusieurs recours juridiques. Il peut contester la décision de justice en faisant appel dans un délai de quinze jours suivant la signification du jugement. L’aide juridictionnelle permet aux personnes disposant de faibles ressources de bénéficier d’une prise en charge totale ou partielle des frais d’avocat.

Bon à savoir

Un délai de 3 mois doit s’écouler entre la notification de l’assignation et l’audience du tribunal.

Le Droit Au Logement Opposable constitue un recours important pour les personnes reconnues prioritaires et en situation d’urgence. Ce dispositif oblige les autorités à proposer un logement social adapté dans des délais raisonnables. Les personnes expulsées de leur logement figurent parmi les publics prioritaires au titre du DALO.

Les aides financières du Fonds de Solidarité Logement permettent de régler tout ou partie des loyers impayés et d’éviter l’expulsion. Les Centres Communaux d’Action Sociale proposent également un accompagnement social et des aides ponctuelles. Il est conseillé de solliciter ces dispositifs dès l’apparition des premières difficultés de paiement des loyers.

En cas d’expulsion effective, des solutions d’hébergement temporaire existent. Les centres d’hébergement d’urgence, les résidences sociales et les dispositifs d’hébergement d’insertion accueillent les personnes sans logement. La demande de logement social reste possible après une expulsion, sous réserve de respecter les conditions de ressources et de régulariser les dettes locatives antérieures.

À noter

L’audience devant le juge de l’exécution pour statuer sur le sort des meubles du locataire expulsé (lorsqu’ils n’ont pas été enlevés après la procédure d’expulsion) a été supprimée. Le décret n° 2019-992 du 26 septembre 2019 a allongé à deux mois le délai laissé au locataire pour retirer ses meubles.

Les obligations du bailleur durant la procédure

Le bailleur doit respecter scrupuleusement les étapes légales de la procédure d’expulsion. Toute tentative d’expulsion sans décision de justice constitue un délit pénal passible de trois ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende. Il est strictement interdit de changer les serrures, de couper l’eau, l’électricité ou le gaz, ou d’exercer des pressions physiques ou morales sur le locataire.

La notification préalable de tous les actes de procédure s’impose au bailleur. Le commandement de payer doit être délivré par un commissaire de justice et mentionner avec précision le montant de la dette, sa décomposition et le délai pour régulariser. L’assignation devant le tribunal doit respecter un délai minimum de deux mois après le commandement et indiquer clairement les motifs de la demande d’expulsion.

Il est conseillé au bailleur de privilégier le dialogue avec le locataire en difficulté avant d’engager une procédure d’expulsion. La mise en place d’un plan d’apurement permet souvent de maintenir le locataire dans le logement tout en garantissant le paiement progressif de la dette. Cette approche préventive évite les coûts et les délais d’une procédure judiciaire.

Bon à savoir

Lorsque les parties communes d’un immeuble d’habitation ne sont pas accessibles librement depuis la voie publique, le propriétaire ou le syndic de copropriété doit remettre un moyen matériel, ou adresser les codes permettant d’y accéder, à l’huissier qui en fait la demande pour l’exercice de sa mission, dans un délai maximal de 5 jours ouvrables à partir de la réception de sa demande (décret n° 2019-650 du 27 juin 2019).

La suspension de la procédure d’expulsion en logement social

Dans le logement social, la procédure d’expulsion peut être suspendue ou éteinte à plusieurs moments. Le paiement intégral de la dette locative entraîne automatiquement l’extinction de la procédure, quelle que soit son avancement. La restitution volontaire du logement produit le même effet et permet au locataire d’éviter les frais de commissaire de justice liés à l’expulsion.

La signature d’un plan d’apurement avant le jugement suspend la procédure d’expulsion. Ce protocole fixe un échéancier de remboursement de la dette locative et impose au locataire de reprendre le paiement régulier des loyers courants. Le respect strict de ce plan permet d’éviter la résiliation du bail et le maintien dans les lieux.

Après une résiliation judiciaire du bail, la signature d’un protocole de cohésion sociale peut également suspendre l’expulsion. Ce dispositif, propre au logement social, permet au locataire de conserver son logement sous réserve du respect de ses engagements financiers. Les organismes HLM proposent un accompagnement social renforcé pour sécuriser le parcours résidentiel des ménages fragiles.

À noter

Pour 2023-2024, la période de la trêve hivernale est fixée du 1er novembre 2023 au 31 mars 2024.

Attention, certaines procédures d’expulsion ne peuvent être suspendues même en cas de régularisation financière. Les expulsions pour défaut d’assurance, sous-location interdite ou troubles de voisinage graves sont menées jusqu’à leur terme. Dans ces situations, seul le juge peut décider d’accorder des délais supplémentaires au locataire pour quitter le logement.

Les spécificités de la procédure accélérée contre les squatteurs

La loi de 2025 a instauré une procédure accélérée pour l’expulsion des squatteurs. Le propriétaire peut solliciter l’intervention du préfet qui dispose d’un délai de 72 heures pour examiner la demande et autoriser l’expulsion. Cette procédure dérogatoire s’applique uniquement aux occupations sans droit ni titre, c’est-à-dire sans aucun contrat de bail ni autorisation du propriétaire.

La procédure accélérée ne s’applique pas aux locataires titulaires d’un bail, même en cas de loyers impayés. Dans cette situation, la procédure classique d’expulsion locative doit être respectée avec toutes ses étapes et ses délais. La distinction entre occupation sans droit ni titre et occupation à titre légal revêt donc une importance capitale.

Bon à savoir

L’expulsion d’un logement social est difficilement conciliable avec les dispositions du droit au logement opposable (DALO). Les actions préventives, échéanciers de règlement et propositions de relogement dans le parc social à moindre coût sont privilégiées.

Les sanctions pénales contre le squat ont été renforcées. L’occupation illégale d’un logement expose désormais à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. Ces peines s’ajoutent à l’expulsion civile et visent à dissuader les occupations illégales de logements vacants. Le propriétaire conserve toutefois l’obligation de passer par la voie judiciaire et ne peut en aucun cas expulser lui-même les occupants.

FAQ

Quel est le délai minimum entre le commandement de payer et l’expulsion effective ?

Le délai total varie généralement entre six et douze mois. Après le commandement de payer, le bailleur doit attendre six semaines avant de saisir le tribunal. Le jugement intervient plusieurs mois après l’assignation, puis le commandement de quitter les lieux accorde un délai minimum de deux mois. La réquisition de la force publique ajoute encore plusieurs semaines avant l’expulsion effective.

Un locataire malade peut-il être expulsé de son logement ?

La maladie ne constitue pas un motif d’opposition à l’expulsion si une décision de justice a été prononcée. Toutefois, le juge peut tenir compte de l’état de santé du locataire pour accorder des délais supplémentaires. Il est recommandé de fournir des certificats médicaux détaillés et de solliciter l’aide des services sociaux pour trouver une solution de relogement adapté.

Tant qu'on en parle
Trêve hivernale et expulsion locative : ce que dit la loi

Comment arrêter une procédure d’expulsion déjà engagée ?

Le paiement intégral de la dette locative et des frais de procédure permet d’arrêter l’expulsion à tout moment avant son exécution. La signature d’un plan d’apurement avec le bailleur suspend également la procédure. Dans les logements sociaux, un protocole de cohésion sociale peut être proposé même après la résiliation judiciaire du bail pour maintenir le locataire dans les lieux.

Quelles sont les aides financières disponibles pour éviter une expulsion ?

Le Fonds de Solidarité Logement finance tout ou partie des loyers impayés selon les situations. Les allocations logement de la CAF peuvent être versées directement au bailleur en cas de dette locative. Les Centres Communaux d’Action Sociale accordent des aides ponctuelles. Les associations caritatives proposent également des secours financiers et un accompagnement social pour régulariser la situation du locataire.

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