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Abandon du logement par le locataire : procédure et droits du bailleur

Le départ soudain du locataire sans préavis ni restitution des clés, communément appelé « départ à la cloche de bois », place le propriétaire dans une situation délicate. Le bail reste juridiquement en vigueur malgré l’absence du locataire, ce qui empêche le bailleur de récupérer son bien et de le remettre en location. Cette situation nécessite une procédure judiciaire stricte pour reprendre légalement possession du logement abandonné.

Mis à jour le 29/04/2026

Temps de lecture estimé à 13 min

Rédigé par des auteurs spécialisés pagesjaunes

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Homme qui sort de chez lui avec ses affaires et cartons
© Getty Images / Serenethos
Fin du contrat de location : congé, état des lieux de sortie et relocation

Sommaire.

  1. En bref
  2. Les signes révélateurs de l’abandon du logement
  3. L’interdiction absolue de reprendre le logement sans procédure
  4. La mise en demeure : première étape obligatoire
  5. Le constat d’abandon par le commissaire de justice
  6. La saisine du juge des contentieux de la protection
  7. La signification de l’ordonnance au locataire
  8. Le délai d’opposition et ses conséquences
  9. La reprise effective du logement abandonné
  10. Le sort des loyers impayés et des dégradations
  11. Les spécificités selon le type de location
  12. Les risques encourus par le propriétaire en cas d’erreur
  13. Le rôle central du commissaire de justice
  14. Les protections offertes par les assurances
  15. Les évolutions législatives récentes
  16. FAQ

En bref

  • Le bailleur ne peut jamais reprendre un logement abandonné sans autorisation judiciaire, sous peine de sanctions pénales pour violation de domicile.
  • La procédure impose une mise en demeure par commissaire de justice, suivie d’un constat d’abandon et d’une saisine du juge des contentieux de la protection.
  • Le locataire dispose d’un délai d’un mois pour contester l’ordonnance de résiliation du bail après sa signification.
  • Les biens laissés dans le logement font l’objet d’un inventaire et peuvent être vendus aux enchères ou évacués selon leur valeur.

Les signes révélateurs de l’abandon du logement

Plusieurs indices permettent au propriétaire de suspecter que le locataire a quitté les lieux. L’accumulation de courrier non relevé dans la boîte aux lettres constitue un premier signal d’alerte. La résiliation ou le non-paiement des factures d’énergie, d’eau ou de téléphone renforce cette présomption.

Les témoignages des voisins sur une absence prolongée du locataire apportent des éléments complémentaires. La suspension brutale du paiement des loyers, accompagnée d’une interruption totale de communication, confirme généralement la situation d’abandon. Les volets constamment fermés et l’absence de réponse aux appels ou courriels complètent ce faisceau d’indices.

Il convient toutefois de vérifier si le bail n’a pas été transmis automatiquement à un proche. La loi prévoit en effet que le conjoint, le partenaire pacsé, le concubin ou les descendants présents dans le logement depuis plus d’un an peuvent bénéficier du maintien dans les lieux.

L’interdiction absolue de reprendre le logement sans procédure

Le propriétaire qui pénètre dans un logement abandonné sans respecter la procédure légale s’expose à des poursuites pénales. L’article 226-4 du code pénal punit la violation de domicile d’une peine pouvant aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.

Le départ volontaire du locataire sans avertissement ne constitue pas juridiquement une résiliation du bail. Le contrat de location reste donc en vigueur tant qu’une décision de justice n’a pas prononcé sa résiliation. Le bailleur ne peut ni récupérer son bien, ni changer les serrures, ni remettre le logement en location.

Cette protection du domicile s’applique même lorsque le locataire a manifestement quitté les lieux. Seule une ordonnance judiciaire autorise la reprise effective du logement par le propriétaire. La procédure d’expulsion d’un locataire suit des règles strictes destinées à préserver les droits de chacun.

La mise en demeure : première étape obligatoire

Le bailleur doit mandater un commissaire de justice pour délivrer au locataire une mise en demeure de justifier qu’il occupe toujours le logement. Cette mise en demeure peut être intégrée dans un commandement de payer les loyers impayés ou dans une sommation de justifier d’une assurance habitation.

Le locataire dispose d’un délai d’un mois pour répondre et apporter la preuve de son occupation effective. Les justificatifs acceptés comprennent les quittances d’électricité récentes, les factures de téléphone, ou des attestations de présence signées par des tiers.

La mise en demeure conserve sa validité pendant six mois. Passé ce délai sans réponse du locataire, le commissaire de justice peut procéder à l’étape suivante. Il faut savoir que cette mise en demeure constitue un préalable indispensable à toute action ultérieure.

Bon à savoir

Certains signes avant-coureurs peuvent abonder dans ce sens tels que la boîte aux lettres qui déborde de courrier, des témoignages de voisins attestant de l’absence du locataire.

Le constat d’abandon par le commissaire de justice

Un mois après la mise en demeure restée sans réponse, le commissaire de justice peut pénétrer dans le logement pour constater l’état d’abandon. Cette intervention nécessite la présence de deux témoins majeurs qui ne doivent avoir aucun lien avec le bailleur ou le commissaire de justice.

Les témoins peuvent être le maire de la commune, un conseiller municipal, un agent municipal habilité, une autorité de police ou de gendarmerie. À défaut, deux personnes majeures indépendantes peuvent remplir ce rôle. Leur présence garantit la régularité de la procédure et la fiabilité du constat d’abandon.

Le commissaire de justice dresse un procès-verbal détaillé qui inventorie les meubles et objets laissés sur place. Chaque bien fait l’objet d’une estimation de sa valeur marchande. Ce document servira de base à la décision du juge concernant le sort des meubles laissés dans le logement.

Le procès-verbal mentionne également l’état général du logement, les éventuelles dégradations, et les relevés des compteurs d’énergie. Ces éléments permettent d’établir objectivement la situation des lieux au moment du constat d’abandon.

La saisine du juge des contentieux de la protection

Après le constat d’abandon, le propriétaire saisit le juge des contentieux de la protection par une requête écrite. Cette demande doit comporter l’identité complète des parties, l’objet précis de la requête, et les pièces justificatives nécessaires.

Les documents à joindre comprennent le procès-verbal d’abandon, le bail de location, la mise en demeure, et un décompte détaillé des sommes dues par le locataire. La requête doit être datée et signée par le bailleur ou son représentant légal. Il est conseillé de se faire assister par un avocat spécialisé en droit du logement.

Le juge examine la requête sans débat contradictoire et statue par ordonnance. Si le juge estime la demande fondée, il constate la résiliation du bail et ordonne la reprise du logement. Il se prononce également sur les loyers impayés et les charges dues, ainsi que sur le sort des meubles laissés sur place.

En cas de rejet de la requête, le bailleur ne peut pas contester cette décision. Il doit alors engager une procédure classique d’expulsion pour loyers impayés, plus longue et contraignante. Le recours en cas de loyer impayé offre d’autres options au propriétaire.

La signification de l’ordonnance au locataire

L’ordonnance du juge doit être signifiée au locataire dans un délai de deux mois à compter de sa date. Passé ce délai, l’ordonnance devient caduque et la procédure doit être recommencée. La signification s’effectue au dernier domicile connu du locataire ou, si celui-ci reste introuvable, à l’adresse du logement abandonné.

L’acte de signification mentionne obligatoirement le droit du locataire de former opposition dans un délai d’un mois. Il précise les modalités de contestation, le tribunal compétent, et les conséquences de l’absence de recours. Ces mentions conditionnent la validité de la procédure.

À noter

Ce procès-verbal est signifié à la personne expulsée.

Si des meubles ont été laissés dans le logement, la signification contient une sommation de les retirer dans un délai d’un mois. À défaut de retrait dans ce délai, les biens de valeur seront vendus aux enchères publiques et les objets sans valeur pourront être évacués ou donnés.

Le délai d’opposition et ses conséquences

Le locataire dispose d’un délai d’un mois à compter de la signification de l’ordonnance pour former opposition. Cette opposition suspend automatiquement l’exécution de l’ordonnance et entraîne l’organisation d’une audience contradictoire devant le juge.

Lors de cette audience, le juge entend les deux parties et examine les arguments du locataire. Le jugement rendu remplace l’ordonnance initiale. Si le juge considère que la demande du bailleur était abusive ou infondée, il peut condamner ce dernier à une amende civile pouvant atteindre 10 000 euros.

En l’absence d’opposition dans le délai d’un mois, l’ordonnance devient exécutoire. Le bailleur peut alors procéder à la reprise effective du logement avec l’assistance du commissaire de justice. Il faut savoir que la trêve hivernale ne s’applique pas à cette procédure, car il ne s’agit pas d’une expulsion au sens strict.

La reprise effective du logement abandonné

Une fois l’ordonnance devenue exécutoire, le commissaire de justice procède à la reprise matérielle des lieux. Il dresse un procès-verbal de reprise qui mentionne les opérations effectuées, l’identité du serrurier intervenu pour le changement des serrures, et celle des témoins présents.

Les papiers personnels du locataire sont scellés dans un paquet et conservés pendant deux ans. Le locataire peut les réclamer pendant cette période. Les meubles et objets de valeur sont vendus aux enchères publiques après validation judiciaire.

Le produit de la vente est consigné à la Caisse des dépôts et consignations, déduction faite des frais de vente et des sommes dues au bailleur. Le locataire peut réclamer le solde éventuel. Les biens sans valeur marchande sont déclarés abandonnés et peuvent être donnés ou évacués.

Le bailleur récupère ainsi la pleine jouissance de son logement et peut le remettre en location. Il convient de faire établir un état des lieux précis et de procéder aux éventuelles réparations nécessaires avant toute nouvelle mise en location.

Le sort des loyers impayés et des dégradations

L’ordonnance du juge statue sur les sommes dues par le locataire au titre des loyers impayés, des charges et des éventuelles dégradations. Ces créances restent exigibles même après la résiliation du bail et la reprise du logement.

Le propriétaire peut se retourner contre le garant ou la caution solidaire du locataire pour obtenir le paiement des sommes dues. La garantie Visale ou la caution d’un organisme spécialisé facilite le recouvrement de ces créances. Le recours en cas d’échec de l’expulsion permet de comprendre les options disponibles.

Bon à savoir

Le propriétaire doit signifier l’ordonnance au locataire et aux derniers occupants du chef du locataire connu du bailleur dans un délai de deux mois à compter de la décision du juge. Au cas où ce délai ne serait pas respecté, l’ordonnance devient non avenue.

Une assurance loyers impayés souscrite par le bailleur prend en charge les loyers non perçus, les frais de procédure et les dégradations locatives. Ces garanties s’appliquent même en cas d’abandon du logement par le locataire. Certains contrats couvrent également la période de vacance locative consécutive à l’abandon.

Le bailleur peut aussi engager une procédure de recouvrement classique pour obtenir le paiement des sommes dues. Cette action peut se poursuivre pendant plusieurs années après la résiliation du bail, dans la limite des délais de prescription applicables.

Les spécificités selon le type de location

La procédure décrite s’applique aux logements loués vides et régis par la loi du 6 juillet 1989. Elle concerne les locaux affectés à l’habitation principale du locataire, les locaux à usage mixte professionnel et habitation principale, ainsi que les garages et places de stationnement loués par le même bailleur.

Pour les logements meublés, l’article 25-3 de la loi du 6 juillet 1989 prévoit une procédure différente. Le bailleur doit engager une action classique en résiliation du bail et en expulsion du locataire pour loyers impayés. La procédure simplifiée d’abandon ne s’applique pas à ce type de location.

Les locations saisonnières et les baux commerciaux relèvent également de régimes juridiques distincts. Il est important de vérifier le type de bail avant d’engager toute démarche. Un avocat spécialisé peut conseiller le bailleur sur la procédure adaptée à sa situation.

Les risques encourus par le propriétaire en cas d’erreur

Le bailleur qui ne respecte pas la procédure légale s’expose à des sanctions pénales et civiles. La violation de domicile constitue un délit pénal puni de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. Cette infraction est caractérisée dès lors que le propriétaire pénètre dans le logement sans autorisation judiciaire.

Le changement des serrures avant la résiliation du bail expose également le bailleur à des poursuites. Le locataire peut demander des dommages et intérêts pour le préjudice subi. Le juge peut aussi condamner le propriétaire à une amende civile pouvant atteindre 10 000 euros en cas de procédure abusive.

La remise en location du logement avant la résiliation officielle du bail constitue une faute grave. Le premier locataire peut obtenir des dommages et intérêts substantiels pour la rupture illégale du contrat. Le second locataire peut également agir contre le bailleur pour occupation illégale.

Le rôle central du commissaire de justice

Le commissaire de justice intervient à chaque étape de la procédure d’abandon du logement. Il délivre la mise en demeure initiale, constate l’abandon des lieux, signifie l’ordonnance du juge, et procède à la reprise effective du logement. Son intervention garantit la régularité de la procédure et la protection des droits des parties.

Le commissaire de justice établit les procès-verbaux qui servent de preuve devant le juge. Il inventorie les biens laissés dans le logement et en estime la valeur marchande. Il organise la vente aux enchères des meubles de valeur et assure la conservation des papiers personnels du locataire.

Bon à savoir

Si le locataire est dans l’impossibilité de former opposition dans le délai d’un mois sans faute de sa part, il peut obtenir un relevé de forclusion. La demande doit être faite au président du tribunal judiciaire dans un délai de deux mois suivant le premier acte signifié.

Les honoraires du commissaire de justice sont à la charge du bailleur, mais celui-ci peut en demander le remboursement au locataire au titre des frais de procédure. Il est conseillé de demander un devis avant d’engager les démarches pour évaluer le coût total de la procédure.

Les protections offertes par les assurances

La garantie loyers impayés protège le bailleur contre les conséquences financières de l’abandon du logement. Cette assurance prend en charge les loyers non perçus pendant la procédure, les frais de commissaire de justice, et les éventuelles dégradations locatives.

Certains contrats couvrent également la période de vacance locative consécutive à l’abandon, dans la limite de quelques mois de loyer. Cette garantie permet au propriétaire de faire face aux charges du logement en attendant de trouver un nouveau locataire.

La souscription d’une garantie loyers impayés nécessite généralement le respect de critères de solvabilité du locataire au moment de l’entrée dans les lieux. Il convient de vérifier les conditions du contrat et les exclusions éventuelles avant de s’engager.

Les évolutions législatives récentes

La loi Béteille du 22 décembre 2010 a créé la procédure simplifiée de reprise d’un logement abandonné. Cette réforme visait à accélérer le traitement de ces situations et à limiter les pertes financières pour les bailleurs. Le décret du 10 août 2011 a précisé les modalités d’application de cette procédure.

La loi ALUR et la loi Élan ont apporté des modifications complémentaires au droit du bail d’habitation, sans remettre en cause les principes de la procédure d’abandon. Ces textes ont notamment renforcé les obligations d’information du bailleur et les droits des locataires.

Le code des procédures civiles d’exécution regroupe désormais l’ensemble des règles applicables aux procédures de reprise de logement. Les articles L.451-1 et suivants détaillent les conditions et modalités de la procédure d’abandon du logement par le locataire.

FAQ

Le bailleur peut-il récupérer son logement sans passer par le juge si le locataire a clairement abandonné les lieux ?

Non, le propriétaire doit impérativement obtenir une ordonnance du juge des contentieux de la protection avant de reprendre possession du logement. Toute reprise sans autorisation judiciaire constitue une violation de domicile passible de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. Cette obligation s’applique même si l’abandon du logement ne fait aucun doute.

Combien de temps dure la procédure de reprise d’un logement abandonné ?

La procédure complète nécessite généralement entre trois et six mois. Le délai comprend un mois pour la réponse à la mise en demeure, le temps nécessaire à la saisine du juge et à l’obtention de l’ordonnance, deux mois maximum pour la signification, un mois de délai d’opposition, puis la reprise effective des lieux. Ces délais peuvent varier selon l’encombrement du tribunal compétent.

Que se passe-t-il si le locataire revient pendant la procédure ?

Si le locataire justifie qu’il occupe toujours le logement en réponse à la mise en demeure, la procédure s’arrête. S’il forme opposition à l’ordonnance dans le délai d’un mois, une audience contradictoire est organisée et le juge statue à nouveau sur la situation. En revanche, si le locataire revient après l’expiration du délai d’opposition, il ne peut plus s’opposer à la résiliation du bail.

Les frais de la procédure peuvent-ils être récupérés auprès du locataire ?

Oui, le bailleur peut demander au juge de condamner le locataire au paiement des frais de procédure, incluant les honoraires du commissaire de justice et les frais d’avocat. Ces sommes s’ajoutent aux loyers impayés et aux éventuelles dégradations. Le recouvrement effectif dépend toutefois de la solvabilité du locataire ou de l’existence d’un garant.

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