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Le fermage : location de terres agricoles et statut protecteur

Le fermage désigne la location de terres agricoles, de bâtiments d’exploitation ou d’habitation à un fermier en échange d’un loyer annuel. Ce contrat de location rural est encadré par un statut d’ordre public qui garantit au fermier sécurité et stabilité dans l’exploitation des terres louées. Le statut du fermage, créé en 1946, constitue aujourd’hui l’outil principal pour l’installation des jeunes agriculteurs et le maintien d’une agriculture familiale.

Mis à jour le 29/04/2026

Temps de lecture estimé à 12 min

Rédigé par des auteurs spécialisés pagesjaunes

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Cochons porcherie ferme champs agriculture
© Thinkstock
Louer une terre agricole : bail rural, statut du fermage, indice et résiliation

Sommaire.

  1. En bref
  2. Définition et cadre juridique du fermage
  3. Origine historique et évolution du statut du fermage
  4. Conditions de conclusion du bail à ferme
  5. Durée et renouvellement du bail rural
  6. Encadrement du prix du fermage
  7. Droits et obligations du fermier
  8. Variantes et alternatives au bail rural classique
  9. Facturation et aspects fiscaux du fermage
  10. Rôle de la Commission Consultative Paritaire Départementale des Baux Ruraux
  11. Règlement des litiges liés au fermage
  12. FAQ

En bref

  • Le bail rural à ferme impose une durée minimale de 9 ans, renouvelable tacitement.
  • Le prix du fermage est encadré par des barèmes départementaux actualisés chaque année.
  • Le fermier bénéficie de droits importants : renouvellement du bail, transmission familiale, droit de préemption.
  • Le contrôle des structures impose au preneur d’obtenir une autorisation d’exploiter avant la signature du bail.

Définition et cadre juridique du fermage

Le fermage correspond au bail à ferme, contrat par lequel un propriétaire met à disposition des terres agricoles, des bâtiments d’exploitation ou des bâtiments d’habitation à un fermier exploitant. La contrepartie peut être versée en argent ou en produits de la ferme. Le Code rural et de la pêche maritime encadre strictement ce type de location dans ses articles L.411-1 et suivants, complétés par les articles 1763 et suivants du Code civil.

Le statut du fermage s’applique automatiquement dès que les conditions du bail rural sont remplies, indépendamment du nom donné au contrat. Les dispositions du statut du fermage sont impératives et limitent la liberté contractuelle des parties pour protéger le fermier. Le caractère d’ordre public de ces règles empêche les bailleurs et les preneurs de déroger aux garanties minimales prévues par la loi.

La rédaction du bail à ferme peut être écrite ou verbale. Environ 50 % des baux ruraux restent oraux, ce qui crée des fragilités juridiques en cas de litige. L’enregistrement du contrat de location est fortement recommandé pour sécuriser les droits et obligations de chacune des parties. Un état des lieux d’entrée doit obligatoirement constater l’état des terres, des bâtiments, l’entretien et le rendement moyen sur cinq ans.

Origine historique et évolution du statut du fermage

Le statut du fermage trouve son origine dans la révolte des métayers contre les abus des propriétaires avant 1946. Les fermiers ne disposaient d’aucun droit, subissaient des contrats verbaux précaires et changeaient fréquemment de ferme. L’ordonnance du 17 octobre 1945 puis la loi du 13 avril 1946 ont instauré un cadre protecteur pour mettre fin à ces pratiques abusives.

La loi de 1946 a été votée à l’unanimité avec plusieurs objectifs stratégiques : limiter les prix des baux ruraux, garantir des baux de 9 ans renouvelables, permettre aux métayers de devenir fermiers et faciliter l’accès à la propriété. Le statut visait également à soutenir la souveraineté alimentaire française en sécurisant le travail des agriculteurs. Entre 1946 et 1980, entre 40 et 51 % des terres agricoles étaient louées sous ce régime.

L’usage du fermage s’est considérablement développé au fil des décennies. En 2010, 75,9 % de la surface agricole utile était exploitée en fermage, contre seulement 0,8 % en métayage. En 2016, 22 111 exploitations fonctionnaient en location, contre 5 592 en faire-valoir direct. Le statut du fermage constitue ainsi le principal mode d’accès aux terres agricoles pour les exploitants, notamment pour les jeunes agriculteurs qui ne disposent pas des capitaux nécessaires à l’achat.

Conditions de conclusion du bail à ferme

Conditions relatives au bailleur

Le propriétaire des terres peut conclure un bail rural à ferme s’il dispose de la qualité juridique appropriée. Le bailleur peut être le propriétaire en pleine propriété, l’usufruitier ou un indivisaire. Lorsque le bien loué appartient à la communauté conjugale, le consentement du conjoint est obligatoire pour la validité du contrat de location.

L’usufruitier peut consentir un bail rural, mais il doit obtenir le consentement du nu-propriétaire. À défaut d’accord, une autorisation judiciaire peut être sollicitée. Dans le cas d’une indivision, le consentement de tous les indivisaires est requis pour la mise à disposition des terres agricoles. Le bail rural peut être conclu entre personnes physiques ou personnes morales, avec possibilité de cobailleurs et de copreneurs.

Contrôle des structures et autorisation d’exploiter

Le preneur doit se soumettre à la procédure de contrôle des structures pour obtenir une autorisation d’exploiter avant la signature du bail à ferme. Cette procédure administrative vise à favoriser la mise en valeur des terres et à encadrer les exploitations hors sol. Le contrôle des structures s’applique indépendamment de la forme juridique, de la superficie ou de la nature de l’opération.

Deux modalités de contrôle existent selon les situations. L’autorisation préalable est nécessaire pour les installations, les agrandissements ou les réunions d’exploitations dépassant certains seuils fixés par arrêté préfectoral. La déclaration préalable suffit pour les biens reçus par donation, location, vente ou succession familiale sous conditions. La demande d’autorisation peut être effectuée par téléprocédure sur le site LOGICS ou par courrier recommandé adressé à la direction départementale des territoires.

Le bail rural doit obligatoirement mentionner la superficie et la nature des biens exploités. Cette mention conditionne la validité du contrat de location. Les preneurs non ressortissants de l’Union européenne doivent obtenir deux autorisations distinctes : l’autorisation d’exploiter dans le cadre du contrôle des structures et la carte d’exploitant agricole pour l’installation en tant qu’exploitant agricole.

Durée et renouvellement du bail rural

La durée minimale du bail à ferme est fixée à 9 ans par le Code rural. Cette durée permet au fermier de sécuriser son exploitation et de réaliser les investissements nécessaires à la modernisation de l’activité agricole. Le bail rural se renouvelle tacitement pour une nouvelle période de 9 ans à son terme, sauf congé délivré dans les formes et délais légaux.

Des baux ruraux à long terme peuvent également être conclus pour une durée minimale de 18 ans. Ces baux offrent une stabilité accrue au fermier et facilitent les projets d’investissement sur le long terme. Le fermier dispose d’un droit au renouvellement indéfini du bail jusqu’à son départ à la retraite, ce qui constitue une garantie fondamentale du statut du fermage.

À noter

Le point de départ de la prescription de l’action en résiliation du bail rural pour cession ou sous-location prohibées se situe au jour où ces infractions ont cessé (Cass. 3e civ., 1 février 2018, n° 16-18.724).

La fin du bail à ferme intervient à son terme ou par résiliation amiable ou judiciaire. Le bailleur ne peut refuser le renouvellement du bail rural que dans des cas limitativement énumérés par la loi. Le fermier peut transmettre le bail à son conjoint ou à un descendant ayant travaillé sur l’exploitation, ce qui assure la pérennité familiale de l’activité agricole.

Encadrement du prix du fermage

Calcul du premier loyer

Le montant du premier loyer est déterminé selon un système de points par hectare fixé par arrêté préfectoral. La nature des cultures, la présence de bâtiments d’exploitation ou de bâtiments d’habitation influencent le nombre de points attribués. Le propriétaire et le fermier négocient l’attribution des points dans une fourchette définie par une grille de critères départementale.

Le calcul du fermage s’effectue en multipliant le nombre d’hectares par les points attribués, puis par la valeur du point fixée annuellement par arrêté préfectoral. Pour les parcelles en grandes cultures, la formule appliquée est : surface en hectares × points attribués × valeur du point. Pour les bâtiments d’habitation, le calcul repose sur la surface en mètres carrés × points × valeur du point.

Actualisation annuelle du fermage

Les loyers des terres agricoles sont encadrés par des minima et des maxima fixés au niveau départemental. L’actualisation annuelle du fermage repose sur l’indice national des fermages pour les terres en polyculture et les bâtiments d’exploitation. L’indice de référence des loyers s’applique aux bâtiments d’habitation, tandis que le cours moyen des denrées concerne les cultures permanentes.

L’indice national des fermages pour 2025 s’établit à 123,06, soit une variation de 0,42 % par rapport à 2024. La réévaluation annuelle du fermage se calcule en multipliant le fermage de l’année précédente par le rapport entre l’indice national des fermages de l’année en cours et celui de l’année précédente. Cette méthode garantit une évolution maîtrisée du loyer des terres agricoles.

L’indice national des fermages ne s’applique pas aux baux viticoles, qui suivent des règles spécifiques. Les arrêtés préfectoraux publient chaque année les valeurs applicables pour les terres nues, les bâtiments d’exploitation et les bâtiments d’habitation. Des simulateurs de calcul du loyer d’habitation sont disponibles pour faciliter la détermination du montant du fermage.

Droits et obligations du fermier

Droits du preneur

Le fermier bénéficie d’un droit au renouvellement indéfini du bail rural jusqu’à son départ à la retraite. Ce droit constitue une protection essentielle contre les résiliations arbitraires et permet au fermier de planifier son activité sur le long terme. Le droit de transmettre le bail au conjoint ou à un descendant ayant participé à l’exploitation assure la continuité familiale de la ferme.

Le fermier dispose d’un droit à indemnisation pour les améliorations apportées aux terres ou aux bâtiments durant la location. Ces améliorations peuvent concerner les travaux de drainage, les plantations, les constructions ou les aménagements qui augmentent la valeur du bien loué. Le droit de préemption permet au fermier d’acquérir les terres agricoles en priorité en cas de vente par le propriétaire.

Obligations du preneur

Le fermier doit payer le loyer à la date prévue dans le bail à ferme. Le paiement peut être annuel ou fractionné selon les stipulations contractuelles. Le défaut de paiement du fermage constitue un motif de résiliation du bail rural et peut entraîner l’expulsion du fermier.

L’entretien du bien loué incombe au fermier durant toute la durée du bail rural. Cette obligation couvre l’entretien courant des terres agricoles, des bâtiments d’exploitation et des bâtiments d’habitation. Le fermier doit informer le propriétaire de tout dommage ou usage abusif constaté sur les parcelles louées. Le respect des bonnes pratiques agricoles et la préservation de la valeur du bien font partie des obligations du fermier.

Variantes et alternatives au bail rural classique

Bail rural à clauses environnementales

Le bail rural à clauses environnementales intègre des stipulations favorisant les pratiques agricoles vertueuses. Ces clauses portent sur la préservation de l’eau, de la biodiversité, des sols et la lutte contre l’érosion. Le bailleur peut être une personne morale publique ou une association agréée pour la protection de l’environnement.

Les parcelles concernées par ce type de bail se situent dans des zones protégées : parcs nationaux, sites Natura 2000, réserves naturelles ou périmètres de protection. Le propriétaire et le fermier peuvent convenir d’une réduction du loyer en dessous du minimum légal pour compenser les contraintes environnementales acceptées par le preneur.

Bail de petites parcelles

Le bail de petites parcelles échappe au statut du fermage lorsque la superficie louée est inférieure au seuil préfectoral. Ce seuil varie selon les départements : entre 20 et 40 ares dans les Hautes-Pyrénées, 2,5 hectares en Gironde. Les parcelles ne doivent pas comporter de corps de ferme ni constituer des parties essentielles à une exploitation agricole.

Conventions alternatives

La convention de mise à disposition par une SAFER permet la mise en valeur des terres par un agriculteur pour une durée maximale de 6 ans, renouvelable une fois. Ces baux ne sont pas soumis au statut du fermage, sauf pour la détermination du prix. L’exploitant bénéficie d’un droit de préférence pour obtenir un bail à ferme après 6 ans d’occupation.

Bon à savoir

Exceptionnellement, en cas de mauvaise récolte et sous conditions, l’article 1769 du Code civil prévoit la possibilité pour le preneur de demander une remise sur le montant du fermage.

Le prêt à usage, ou commodat, consiste en une mise à disposition gratuite des terres agricoles. La requalification en bail rural intervient si une contrepartie est versée au propriétaire. Le contrat de vente d’herbe sur pied porte sur la cession d’une récolte limitée dans le temps, mais présente un risque de requalification en bail rural.

La convention d’occupation précaire offre une liberté contractuelle mais n’ouvre pas de droit de préemption ni de renouvellement automatique. Son usage est strictement encadré par la jurisprudence pour éviter les contournements du statut du fermage. La location annuelle renouvelable, d’une durée d’un an renouvelable jusqu’à 6 ans maximum, s’adresse notamment à l’installation de descendants sans leur conférer les droits classiques du fermage.

Facturation et aspects fiscaux du fermage

Contenu obligatoire de la facture de fermage

La facture de fermage doit comporter les coordonnées complètes du propriétaire et l’identité du locataire. L’adresse de facturation, les dates de début et de fin du bail ainsi que la période d’autorisation d’exploitation doivent figurer sur le document. La description détaillée de la terre louée inclut la superficie, les limites et les caractéristiques du sol.

Les taxes et les frais de gestion éventuels doivent être mentionnés distinctement sur la facture. La taxe de la chambre d’agriculture et les frais de gestion peuvent être facturés au locataire ou pris en charge par le propriétaire. Les montants doivent être clairement indiqués pour éviter tout litige. Les dégrèvements accordés, correspondant à des réductions ou exonérations de taxes, reviennent au fermier et doivent apparaître sur la facture.

Application de la TVA

Les locations de terres agricoles et de bâtiments agricoles sont exonérées de TVA par défaut, conformément à l’article 261 D du Code général des impôts. Le bailleur peut opter pour l’assujettissement à la TVA au taux de 20 %, même si le fermage est payé en nature. Cette option permet au propriétaire de récupérer la TVA sur ses investissements immobiliers.

L’arrivée de la facturation électronique en 2026 impactera les modalités de facturation du fermage, notamment lorsque la TVA est applicable. Les propriétaires et les fermiers devront adapter leurs pratiques administratives pour se conformer aux nouvelles obligations de dématérialisation.

Rôle de la Commission Consultative Paritaire Départementale des Baux Ruraux

La Commission Consultative Paritaire Départementale des Baux Ruraux a été créée par le décret du 15 juin 2017. Les membres sont désignés par le préfet pour un mandat de 6 ans. Cette commission exerce un rôle consultatif auprès du préfet sur les questions relatives au statut du fermage, notamment la fixation des fourchettes de prix.

La commission paritaire réunit des représentants des bailleurs et des preneurs pour garantir l’équilibre des intérêts dans la détermination des barèmes départementaux. Les avis rendus par la commission orientent les décisions préfectorales sur les valeurs du point et les grilles de critères applicables au calcul du fermage. La composition de la commission est publiée annuellement par arrêté préfectoral.

Règlement des litiges liés au fermage

Le Tribunal paritaire des baux ruraux est compétent pour trancher les litiges entre bailleurs et preneurs. Cette juridiction spécialisée garantit une expertise adaptée aux spécificités du droit rural. Les conflits portent fréquemment sur le montant du fermage, les conditions de renouvellement du bail ou les obligations d’entretien.

La composition paritaire du tribunal assure une représentation équilibrée des propriétaires et des fermiers. Les décisions rendues s’appuient sur les dispositions du Code rural et sur la jurisprudence spécifique aux baux ruraux. Le recours au tribunal paritaire constitue la voie contentieuse principale pour faire valoir les droits liés au statut du fermage.

FAQ

Quelle est la durée minimale d’un bail à ferme ?

La durée minimale d’un bail à ferme est de 9 ans. Le bail se renouvelle tacitement pour une nouvelle période de 9 ans sauf congé délivré dans les formes légales.

Comment est calculé le montant du premier fermage ?

Le montant du premier fermage se calcule en multipliant le nombre d’hectares par les points attribués selon la nature des cultures, puis par la valeur du point fixée par arrêté préfectoral.

Le fermier peut-il transmettre son bail à ses enfants ?

Le fermier peut transmettre le bail à son conjoint ou à un descendant ayant participé à l’exploitation. Cette transmission assure la continuité familiale de l’activité agricole.

La TVA s’applique-t-elle au fermage des terres agricoles ?

Les locations de terres agricoles sont exonérées de TVA par défaut. Le bailleur peut opter pour l’assujettissement à la TVA au taux de 20 % sur option.

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