Des témoignages qui glacent
« Ça devient obsessionnel, je passe mon temps à regarder s’il y a de nouvelles annonces. Je ne dors plus la nuit. J’ai même posté à 2h du matin, en me disant qu’à cette heure-là on serait moins nombreux à répondre. » Ce témoignage d’une mère aidant sa fille à trouver un logement à Lille résume ce que vivent des centaines de milliers de familles françaises chaque rentrée.
Et quand un logement est enfin trouvé, ce n’est pas toujours une victoire. Benjamin, lui, a découvert après quelques mois que son appartement était envahi de moisissures : « C’était une passoire thermique, il faisait froid et humide. On n’avait pas été très regardants, car on ne trouvait rien. » (1).
Une situation alarmante, chiffres à l’appui
Ces histoires ne sont pas des exceptions. Plus de 22 % des étudiants n’ont plus que 100 € pour vivre après avoir payé leur loyer (2). Selon une étude de la Fage publiée en février 2026, 15 % des étudiants mettent entre trois et six mois à trouver un logement, et près de 23 % à Paris (1).
Au 1er janvier 2026, la liste d’attente pour un logement en cité universitaire dépassait les 180 000 demandes non satisfaites. Résultat : les étudiants se rabattent sur le parc privé, où les loyers sont en moyenne 200 euros plus chers que dans les résidences CROUS.
Pour Yanis Jaillet, vice-président étudiant à Bordeaux Montaigne, « la plus grande préoccupation des étudiants aujourd’hui, c’est d’avoir un toit sur la tête. La première chose à laquelle on pense quand on reçoit sa bourse, c’est de savoir qu’on va pouvoir payer son loyer. C’est une cause d’angoisse extrêmement importante. »
Des conséquences directes sur les études
Le mal-logement ne nuit pas seulement au portefeuille. Selon la Fage, 41,5 % des étudiants déclarent des problèmes thermiques, 35,5 % des nuisances sonores et 33 % n’ont pas de connexion internet stable. Pour un quart d’entre eux, leur logement ne permet pas de travailler au calme (1).
Lucas, en licence à Rennes, en sait quelque chose. Faute de logement abordable, il reste chez ses parents et fait la route chaque jour. « Je pars de chez moi 1h à 1h30 avant d’arriver à la fac. Côté vie sociale, je suis obligé de me limiter dans mes sorties. Quand je dois rentrer tard, je ne révise pas vraiment. »
Les recours concrets
Le CROUS, première étape. Jusqu’au 31 mai 2026, les étudiants peuvent remplir leur Dossier Social Étudiant sur messervices.etudiant.gouv.fr. Les attributions se font en plusieurs tours de mai à fin juin, avec une phase complémentaire ouverte à tous dès juillet. Les boursiers sont prioritaires.
L’APL, à demander sans attendre. Les aides au logement de la CAF sont accessibles aussi bien en résidence CROUS que dans le privé ou en colocation. Elles ne sont pas rétroactives : à demander dès l’entrée dans le logement.
Visale, le garant gratuit. C’est souvent le blocage numéro un. La garantie Visale d’Action Logement a couvert 900 000 contrats en 2025. Gratuite et accessible aux moins de 30 ans, elle lève l’obstacle du garant.
La colocation, solution pragmatique. Face à la contrainte actuelle, la colocation est devenue un choix pragmatique, courant, souvent une nécessité plus qu’un choix.
La vigilance et l’anticipation restent, en attendant une réponse politique à la hauteur, vos meilleures armes.
Sources
(1) https://www.letudiant.fr/lifestyle/logement_2/quand-la-penurie-de-logements-met-en-peril-les-etudes.html
(2) https://www.quechoisir.org/billet-de-la-presidente-crise-du-logement-la-precarite-etudiante-suscite-l-indignation-n174578/